Sommaire
Les séquelles traumatiques
du génocide ^
L'ethnisme post-génocidaire ^
Le génocide a radicalisé les
relations entre une partie des Rwandais. Un fossé s'est creusé,
dans une fracture silencieuse, entre les rescapés du génocide
généralement d'ancienne dénomination Tutsi et les
génocidaires d'ancienne dénomination Hutu.
Le nombre de ces génocidaires actifs
a probablement tourné autour du million de Rwandais et sont plus
nombreux que les rescapés dont le nombre doit être de quelques
dizaines de milliers. Beaucoup sont aussi en exil. Les anciens exilés
Tutsi revenus au Rwanda après le génocide ont rempli le
vide laissé par les victimes.
Les relations publiques entre ces nouveaux
venus qui apportent de nouvelles cultures et les autres Rwandais, même
entre ceux qui sont d'ancienne dénomination Tutsi, sont parfois
tendues. Si les uns étaient dans des pays francophones, et d'autres
dans des pays anglophones, cet aspect n'est pas si important car tous
les Rwandais parlent une seule langue le Kinyarwanda.
La vraie différence entre les uns et
les autres vient de leur situation pendant le génocide et de la
façon dont ils l'ont vécu. Il peut y avoir de grands périls
à plus ou moins long terme dans cette nouvelle structuration des
sensibilités collectives rwandaises qui s'est complexifiée.
Mais ce peut aussi être une source de génération de
comportements nuancés et salvateurs, si politiquement le Rwanda
ne retombe pas dans l'ancienne idéologie. Ce risque là est
loin d'être écarté.
Une population destructurée ^
Un très grand
nombre d'orphelins et de veuves ^
Les rescapés doivent
vivre parmi leurs tueurs ^
La majorité silencieuse, essentiellement
d'ancienne dénomination Hutu, n'a pas lutté contre l'idéologie
génocidaire. Elle accepte en son sein les génocidaires en
liberté, comme les rescapés qui essayent de faire le deuil
de leurs proches et de surmonter leurs souffrances. Tout le monde se côtoie.
Quelques assassinats de témoins du génocide sont régulièrement
signalés notamment dans le sud-ouest du Rwanda.
Le sida ^
L'une des armes de prédilection contre
les femmes Tutsi a été le viol. Des milliers de femmes et
de petite filles ont été violées avant d'être
tuées. Les violeurs ont donc fait proliférer le sida. Certaines
sont rescapées de la mort mais pas du sida. Des jeunes filles de
18 ans sont aujourd'hui contaminées parce qu'elles ont été
violées à 7 ans par les Interahamwe ou des soldats des Forces
armées rwandaises.
Les associations de rescapés ont déploré
que les femmes contaminées qui témoignent au Tribunal pénal
international pour le Rwanda ne recevaient aucun soin, alors que des violeurs
en cours de jugement ont droit à une tri-thérapie payée
par l'ONU.
Les associations de rescapés ^
Tous ces rescapés se sont regroupés
dans des associations dont les deux plus importantes sont IBUKA, «
souviens-toi », et AVEGA l'association des veuves.
Les déplacements de
population au Rwanda et dans les pays voisins ^
La lutte contre les infiltrations
de génocidaires au Rwanda ^
La crise de la «
région des grands lacs » ^
Le renversement de Mobutu
et la déstabilisation du Congo démocratique ^
- Première guerre du Congo
- Deuxième guerre du Congo
Le retour au Rwanda des
réfugiés ^
Les réfugiés qui avaient fuient
en juillet 1994 au Zaïre et dans les autres pays, sont revenus en
masse en 1996, découvrant que « l'ogre » FPR ne les
mangerait pas. On a assisté à un apaisement des paniques
générées par la propagande génocidaire de
« radio machette ». Mais certains silences politiques sont
pesants dans la société. Tout n'est pas réglé.
On peut évaluer ce chiffre à
3 millions de réfugiés revenus au Rwanda si l'on compte
aussi les anciens exilés Tutsi.
La réintégration
dans l'armée rwandaise de certains membres des anciennes FAR ^
La constitution d'une diaspora
rwandaise dans le monde ^
des réfugiés
fuyant les régimes successifs du Rwanda ^
Des génocidaires
devenus réfugiés et pas toujours poursuivis ^
Une opposition politique
aux origines variées ^
Un pays à reconstruire ^
Une réconciliation
problématique ^
Un chantier juridique considérable ^
Au lendemain du génocide les structures
juridiques du Rwanda sont complètement détruites. Il ne
reste que deux ou trois juges et quelques avocats. Les rescapés
font pression pour que justice soit faite. Le Tribunal pénal international
pour le Rwanda se constitue très lentement et l'ONU engage des
sommes considérable au regard du budget rwandais de la justice.
La justice rwandaise ^
130 000 prisonniers
pour 7 millions d'habitants ^
Les évaluations du nombres de personnes
à juger varient selon les sources dans une fouchette de plusieurs
dizaine de milliers à plusieurs million de personnes. Tout est
à reconstruire à commencer par le personnel juridique. Très
vite « Avocats sans frontières » organise des missions
d'assistance. Mais on se rend compte qu'il faudra deux cents ans pour
juger au moins tous les présumés tueurs emprisonnés.
Pays très pauvre, le Rwanda doit trouver des solutions. L'idée
de réhabiliter les « Gacaca » germe (prononcer
gatchatcha).
La réhabilitation
de la justice traditionnelle : les « Gacaca » ^
Voir article détaillé Gacaca
Les Gacaca ont été réintroduites
par l'Etat pour résoudre le problème des innombrables jugements
de génocidaires à rendre. Au rythme de la justice de l'Etat,
il aurait fallu deux cent ans pour juger tous les suspects emprisonnés,
sans compter un plus grand nombre de coupables encore totalement libres.
Contrairement aux justices populaires spontanées qu'on a pu connaître
dans certains conflits dans le monde, les Gacaca sont organisées
par l'Etat et ont donné lieu à des expériences pilotes
avant d'être mise en route en mars 2005. Elles ne jugent que certaines
catégories de crimes.
Au niveau international ^
Le TPIR ^
Voir Tribunal
pénal international pour le Rwanda
La « compétence
universelle » de justices nationales ^
Les justices nationales de tous les pays membres
de l'ONU doivent adapter leur droit pour juger des crimes qui relèvent
de la compétence du Tribunal pénal international pour le
Rwanda.
La Suisse a jugé un bourgmestre rwandais
accusé de s'être compromis dans le génocide.
La Belgique a jugé quatre Rwandais
accusés d'avoir participé au génocide.
Une loi du 1 mars 1994 rend la justice française
compétente pour des crimes contre l'humanité et des crimes
de génocide ou de complicité de génocide commis éventuellement
par des Français. Ces crimes sont imprescriptibles.
Le législateur français a adapté
ses dispositifs juridiques par la loi 96-432 du 22 mai 1996 1 qui la rend
compétente pour les mêmes crimes que ceux qui relèvent
du statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda, celui-ci
gardant un droit de préemption s'il estime que la justice française
a failli à sa tâche.
La justice française instruit un procès
contre un prêtre Rwandais suspecté de participation au génocide.
Elle a été condamnée en 2004 par la Cour Européenne
des Droits de l'Homme pour la lenteur de ce procès. En février
2005, des plaintes ont été déposées par des
Rwandais devant le Tribunal aux Armées à Paris pour complicité
de génocide.
Une période politique
de transition de 1994 à 2003 ^
La lutte contre la division
ethnique ^
Le Front patriotique rwandais a développé
son idéologie anti-ethniste et citoyenne. La carte d'identité
ethnique a été rapidement abolie. Pour les intellectuels
de l'ancien régime, persuadés que l'ancienne majorité
ethnique est légitime, cette idéologie est perçue
comme un camouflage d'un pouvoir minoritaire. La constitution rwandaise
votée par référendum en 2003 a aboli les références
ethnistes . Si on analyse les anciennes références des personnes
au pouvoir ou dans les différentes instances politiques et administratives,
on s'aperçoit que l'ancienne répartition n'a guère
changé. Ce qui a changé c'est que la république rwandaise
n'est plus « mono-ethnique ». Elle devient cahin-caha citoyenne,
les sensibilités et les pesanteurs idéologiques n'évoluant
pas aussi vite que les lois.
Une nouvelle constitution
et des élections en 2003 ^
Le « devoir de mémoire
» ^
Une nouvelle culture se développe au
Rwanda qui rappelle la façon dont les Juifs ont découvert
aussi le « Devoir de mémoire ». On essaye de faire
prendre conscience de l'horreur de ce qui a été fait au
cœur de la population. Tout le monde sait, tout le monde a vu, beaucoup
ont participé.
Il semble que la majorité silencieuse
subisse quelque peu les manifestations de mémoire du génocide
qui sont très présentes et fréquentes dans la société
rwandaise. Les mots Tutsi, Hutu et Twa sont devenus tabou. On évite
de les employer, même dans les cérémonies du souvenir.
Au mois de décembre 2004 640 victimes
exhumées d'une fausse commune à Nyundo près de Gisenyi
ont été enterrées. Pendant trois ou quatre heures
de cérémonie religieuse catholique et de discours politiques,
le mot Tutsi n'a été prononcé qu'une seule fois.
La grande église était pleine, essentiellement de cette
majorité silencieuse dont les leader participent même à
l'animation des célébrations. C'est en quelque sorte, au-delà
des sentiments religieux, un passage politique obligé, ces deux
aspects étant toujours très mêlés au Rwanda.
Ce type de cérémonie est quasi
hebdomadaire à l'échelle du pays depuis dix ans. De nombreux
mémoriaux ont ainsi été érigés. Certains
sont plus célèbres que d'autres. Les églises de Nyamata
et Ntarama, l'école de Murambi, le mémorial de Gisozy à
Kigali, celui de Bisesero près de Kibuye sont incontournables.
L'économie sinistrée ^
La communauté internationale
secouée ^
L'aide internationale ^
Les USA, la Belgique et
l'ONU demandent pardon au Rwandais ^
Le génocide au Rwanda
devenu référence dans toutes les crises à caractère
génocidaire ^
Les rescapés de
la Shoa, et leurs amis, partagés sur le génocide au Rwanda ^
On doit noter la naissance d'une sympathie
historique entre des Juifs et des Tutsi à cause du génocide.
Ce mouvement n'est pas partagé par tous les Juifs, dont certains
considèrent encore que le seul vrai génocide est la Shoa.
Ce rapprochement n'a pas un caractère
religieux mais reste purement sociologique et historique. Des événements
similaires, la souffrance des rescapés, le devoir de mémoire
sont autant de sujets qui leur semblent pouvoir être mis en commun.
Ce mouvement ne doit pas être confondu
avec un courant extrémiste Tutsi très minoritaire qui revendique,
à la suite d'hypothèses hasardeuses des premiers historiens
du Rwanda et du Burundi, une ascendance juive pour les Tutsi.
Le négationnisme du
génocide ^
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