Sommaire
La
Belgique ^
La Belgique a
été extrêmement choquée par
les événements de 1994. En tant qu'ancienne
puissance coloniale elle suivait avec intérêt les
événements de ce pays. La Minuar était
composée pour moitié de soldats belges. Les
services de renseignements belges connaissaient l'intention
génocidaire du régime Habyarimana. Un ministre de
Belgique, était venu en visite en février 1994,
à un moment où selon certaines sources difficiles
à vérifier, le déclenchement du
génocide aurait été imminent. Rien ne
nous permet de dire si cette visite a empêché ce
premier déclenchement.
La
méthode administrative belge ^
Après
avoir envahi le Rwanda en 1916, prolongeant sur le territoire africain
les luttes européennes, cette colonie allemande fut
confiée par la SDN à la Belgique,
après la première guerre mondiale. La Belgique a
d'immenses responsabilités dans la genèse de ce
génocide. Elle partage ces responsabilités avec
les européens, notamment les premiers colons allemands, les
Pères blancs et les premiers explorateurs, qui ont
essayé de comprendre ce pays. Pour des raisons qui tiennent
à l'état des théories anthropologiques
du monde occidental contemporain des années 20-30, la
Belgique institua au Rwanda, comme au Burundi, un régime
colonial générant un racisme autochtone qui
divisa la population du pays. Systématiquement elle imposa
la domination administrative des Tutsi sur les Hutu et sur les Twa. Le
mépris organisé des Hutu est donc issu du
même mouvement philosophique européen que le
nazisme. Les Tutsi ont dans leur grande majorité
accepté cette dérive, et ont introjeté
sans obstacles cette idéologie qui les favorisait.
Les
résistances belges à la décolonisation
^
La Belgique a donc
contribué à la fabrication d'un ressort social
qu'elle a ensuite déclenché par
opportunité politique en renversant son alliance «
racialisée » dans ce piège qu'elle
avait imposé. Au moment des indépendances,
à la suite d'évolutions intellectuelles, dont une
forme de théologie de la libération au sein de
l'Église catholique coloniale au Rwanda, lorsque les Tutsi
ont revendiqué l'indépendance, elle
détourna les frustrations Hutu contre les
privilèges qu'elle avait accordés à
ses relais coloniaux. Elle se servi des Tutsi comme otage cible de la
colère anticoloniale. La Belgique fut contrainte par les
institutions internationales et la pression montante dans le pays
d'accorder l'indépendance au Rwanda en 1962. À
partir des années soixante, les Tutsi devinrent l'objet
d'une persécution systématique, perçue
en Europe, puisque le journal Le Monde du 4 février 1964
titrait sur trois colonnes en dernière page : «
L'extermination des Tutsi, les massacres du Ruanda sont la
manifestation d'une haine raciale soigneusement entretenue ».
Le colonialisme belge est donc la matrice d'une république
raciale Hutu, dont son protégé
Grégoire Kayibanda fut le premier président.
Le
retour belge à travers une mission de l'ONU ^
Lorsque l'ONU
décide de constituer en 1993 une mission pour soutenir les
efforts de paix au Rwanda, la Minuar la Belgique fournit la
moitié du contingent de casques bleus.
Après
l'attentat du 6 avril 1994, la radio des mille collines diffusa la
rumeur que les soldats belges de la Minuar en étaient
l'auteur. Dix soldat belges furent capturés et
assassinés par la Garde présidentielle rwandaise.
Cet épisode dramatique plongea la Belgique dans une
consternation dépressive qui entraîna son
désengagement de la Minuar. Dans la foulée, comme
pour justifier sa décision, la Belgique entraîna
l'ONU dans une spirale de désengagement. Un informateur,
appelé « Jean-Pierre » par le
général Dallaire, avait annoncé
début 1994 à la Minuar ce projet de s'en prendre
à des soldats belges pour les faire partir. Ceux qui ont
assassiné les soldats belges ont atteint leur objectif.
D'une certaine manière ce massacre des soldats belges
représente l'épilogue « habituel
» d'une décolonisation, mais
différé, les derniers
protégés des Belges chassant
définitivement leurs anciens colons.
L'échec
de l'engagement belge ^
Dès le 7
avril, la Belgique demande à l'ONU une extension du mandat
de la Minuar pour évacuer ses 1520 ressortissants, mais pas
pour protéger les Rwandais menacés. Les
autorités rwandaises refusent une intervention de la
Belgique, soupçonnés d'être les auteurs
de l'attentat, et préfèrent une intervention
française. On peut lire dans le rapport du sénat
belge ces propos de l'ambassadeur belge le 12 avril 1994 : «
Nous nous préoccupons surtout : du personnel qui a
travaillé pour nous ; de certaines
personnalités associées au processus de
démocratisation ; des ecclésiastiques.
» Le rapport poursuit : « Finalement,
l'opération « Silver Back »
débutera le 10 avril et se terminera le 15 avril, lorsque
les derniers civils belges auront quitté le Rwanda.
»
Le
temps de la réflexion politique ^
Après le
génocide, la Belgique, traumatisée, engagea une
réflexion parlementaire. Le sénat de Belgique
institua une Commission d'enquête parlementaire qui
enquêta et rédigea un rapport parlementaire.
« Le 6
avril 2000, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt assista
à Kigali à la cérémonie
commémorant le sixième anniversaire du
génocide. Il saisit l'occasion de faire des excuses
après six ans et “d'assumer la
responsabilité de mon pays”, d'après ce
que l'on a appris par la suite «au nom de mon pays et de mon
peuple, je demande pardon » - Extrait du chapitre 15.52 du
rapport de l'OUA
Des
suites judiciaires en Belgique ^
La
France ^
"Les
accords particuliers d'assistance militaire" du 18 juillet 1975 ^
Le 18 juillet 1975,
Valéry Giscard d'Estaing avait signé avec le
Président Juvénal Habyarimana des accords de
coopération pour la formation de la gendarmerie rwandaise.
Cet accord stipulait dans son article 3 des limites très
précises : “ ils (les militaires
français) ne peuvent en aucun cas être
associés à la préparation ou
à l'exécution d'opérations de guerre,
de maintien ou de rétablissement de l'ordre ou de la
légalité ”. Ensuite le
Président François Mitterrand et le
Président Juvénal Habyarimana
tissèrent des « liens d'amitiés
» entre les deux pays.
Le 20 avril 1983, un
amendement à l'article 3 de l'accord de 1975 permit aux
militaires français chargés de la formation de la
gendarmerie rwandaise de servir « sous uniforme rwandais
» et supprima les prudentes limites citées plus
haut. Dès le début de l'invasion des
exilés Tutsi venus de l'Ouganda le 1 octobre 1990, le
Président Habyarimana appellera la France à le
soutenir militairement, bien que, contrairement à une
idée répandue, les accords signés
entre les deux pays ne soient pas des accords de défense,
mais seulement des accords de formation de la gendarmerie rwandaise.
S'il y a eu des accords de défense, ils n'ont put
être que des accord oraux, d'homme à homme, entre
François Mitterrand et Juvénal Habyarimana.
L'opération
Noroît ^
Alors que le FPR
entre au Rwanda le 1 octobre 1990, dès le 4 octobre 1990
l'armée française est à Kigali sous le
nom d'opération Noroît. Tout était donc
probablement prêt pour que la France soutienne ouvertement le
régime de Juvénal Habyarimana contre les rebelles
du FPR : « La présence française
» fut jugée « à la limite de
l'engagement direct » selon le titre d'un chapitre du rapport
de la mission parlementaire française. Cette
opération a permis d'organiser, d'entraîner et
d'encadrer les militaires rwandais, qui à leur tour
formèrent les milices Interahamwe, et même
directement des miliciens Interahamwe, selon des témoignages
rwandais et du gendarme Thierry Prungnaud du GIGN. D'autres nombreux
témoignages rwandais, très partiellement reconnus
par les militaires français devant la mission parlementaire,
montrent que l'armée française a d'autre part
procédé à des contrôles
d'identité ethniques, parfois accompagnés de
miliciens (ce que les militaires français ne reconnaissent
pas) en plus de leurs homologues rwandais et des interrogatoires en
prisons dès 1991.
Le 31 juillet 1992,
vingt trois mois après le début de l'engagement
militaire français, La France et le Rwanda ont
régularisé la rédaction de l'accord
d'assistance militaire de 1975 pour qu'il concerne la formation des
Forces armées rwandaises en changeant simplement dans sa
rédaction les mots « Gendarmerie rwandaise
» par « Force armées rwandaises
» aux articles 1 et 6 de l'accord de 1975, et toujours sous
« uniforme rwandais » selon l'avenant de 1983.
Parallèlement
la France, en accord avec la communauté internationale, a
soutenu le processus de paix des négociations des accords
d'Arusha entre le pouvoir rwandais, son opposition et les
exilés du FPR.
Le
retrait devant l'arrivée de la Minuar ^
En
décembre 1993, la France s'efface officiellement devant
l'arrivée de la Minuar, mission de paix de l'ONU, venue
aider à la mise en œuvre des accords d'Arusha.
L'opération Noroît s'achève, mais
d'après diverses sources, il semble malgré tout
que quelques dizaines de techniciens militaires continuèrent
d'opérer au Rwanda. Un couple de français a
notamment été assassiné dans les
heures qui ont suivi l'attentat. Ce couple disposait de
matériels électroniques. On ne sait pas qui les a
assassinés. Peut être est-ce en relation avec
l'attentat ? D'autres indices de la présence de
français existent, notamment un campement sur la colline de
Masaka, colline d'où furent tirés les missiles de
l'attentat.
L'opération
Amaryllis ^
Le 8 avril 1994, deux
jours après l'attentat contre le président
Habyarimana, la France déclenche l'opération
Amaryllis pour permettre l'évacuation
sécurisée de 1500 ressortissants, essentiellement
occidentaux. Les rescapés rwandais ont vivement
critiqué cette opération qui, selon de nombreux
témoignages, n'incluait pas l'évacuation des
Rwandais menacés par les massacres, même
lorsqu'ils étaient employés par les
autorités françaises. La France
évacuera aussi des dignitaires du régime
Habyarimana. On lit dans le rapport des députés
français que le premier avion décolle de Kigali
le 9 avril avec 43 français et 12 membres de la famille
Habyarimana et, le 11 avril, 97 enfants de l'orphelinat
protégé par madame Habyarimana sont
évacués. Selon diverses sources, d'autres
dignitaires proches de la famille Habyarimana auraient aussi
été évacués. Le 14 avril
l'opération Amaryllis est terminée.
L'opération
Turquoise ^
La France fut
très active à l'ONU dans les discussions sur le
renforcement de la Minuar en mai 1994. Devant l'inertie de la
communauté internationale, elle obtint l'aval de l'ONU, pour
conduire l'opération Turquoise, du 22 juin au 22
août 1994.
Cette
opération fut conduite à partir du Zaïre
dans le sud-ouest du Rwanda. Le but annoncé était
de protéger, dans une « zone humanitaire
sûre », les « populations
menacées » aussi bien par le génocide
que par le conflit militaire entre le FPR et le gouvernement
intérimaire rwandais. Aucune hiérarchie entre ces
deux types de personnes menacées n'était
établie. Elles étaient assimilées aux
deux parties du conflit militaire et il était
ordonné de rester neutre entre ces parties. La France
revendique d'avoir protégé les 8000 Tutsi du camp
de Nyarushishi, et d'avoir secouru 800 Tutsi à Bisesero
près de Kibuye.
Des journalistes
étaient présents à Bisesero et n'ont
pas la même version que l'armée
française. Un gendarme français du GIGN a
confirmé en 2005 dans Le Point et sur France Culture que les
quinze premiers jours les militaires français sur le terrain
avaient été informés par la France que
c'étaient les Tutsi qui massacraient les Hutu.
Des affrontements
militaires ont eu lieu avec les soldats du FPR de Paul Kagame. La
classe politique française fut presque unanimement en faveur
de cette opération. Valéry Giscard d'Estaing fut
le seul homme politique français à critiquer
ouvertement l'existence même de cette opération,
le 7 juillet 1994 par des propos rapportés par le journal Le
Monde:
"« ...Qu'est-ce qu'on va faire ?
», s'est interrogé l'ancien Président
de la République. « Il y a des
Tutsi qui avancent. Est-ce qu'on va s'opposer à leur avance,
de quel droit ? », s'est-il exclamé. «
Actuellement on a les Tutsi qui avancent, c'est-à-dire les
victimes et on a derrière nous une partie de ceux qui ont
procédé aux massacres... ».
Les ONG ne s'associèrent pas tout de suite au
rôle humanitaire que l'armée attendait d'elles.
Les
reproches faits à la France ^
La France, un des
cinq membres permanents du Conseil de sécurité de
l'ONU, est accusée d'avoir armé et
aidé le régime extrémiste hutu qui a
préparé le génocide, et qui ne cachait
pas, d'après le rapport parlementaire français,
dans la presse rwandaise comme devant les militaires
français, son intention génocidaire. Des voix
allèguent qu'en renforçant un camp qui allait
devenir génocidaire la France aurait favorisé
l'éclosion du génocide.
Des
témoignages rwandais affirment que des militaires
français ont procédé à des
contrôle d'identité ethnique. Certains depuis
1991. Les militaires français ont reconnu avoir
procédé, pendant l'opération
Noroît à partir de 1993, à des
contrôles d'identités sur la base de la carte
d'identité ethnique de la république rwandaise,
qui précisait si la personne était Hutu, Tutsi ou
Twa. ils ont également reconnu avoir
procédé à des interrogatoires dans des
prisons au Rwanda et avoir conseillé des officiers des FAR
dans les combats contre le FPR. Des témoins rwandais disent
que des militaires français auraient pris part à
ces combats. D'autres témoignages rwandais accusent les
militaires français d'avoir formé les miliciens
rwandais.
Des livraisons
d'armes aux Forces armées rwandaises, sur
l'aéroport de Goma, ville frontalière du Rwanda
au Zaïre, auraient été
effectuées jusqu'au 18 juillet 1994. Cet aéroport
était entièrement contrôlé
par la France à partir de la mi juin 1994.
La France est
également accusée d'avoir continué son
soutien aux génocidaires pendant l'opération
Turquoise, ce que certains de ses responsables réfutent en
revendiquant une intervention humanitaire exemplaire. Humanitaire pour
les uns, notamment au moment de l'épidémie de
choléra dans les camps de réfugiés
constitués aux Zaïre, cette opération
fut vivement contestable pour les autres, car elle a
facilité la fuite de responsables du génocide
sans les désarmer, la continuation du génocide
plus longtemps que dans le reste du pays et un déplacement
massif de populations au Zaïre par le Sud (environ deux
millions de personnes au totalont fuit au Zaïre par le nord et
par le sud du Rwanda). Les autorités françaises
accusent le FPR d'avoir provoqué la moitié de ces
déplacements, en refusant leur conseil de ne pas investir le
nord-ouest du pays.
Enfin le
rôle d'un gendarme français, Paul Barril, qui
prétendait alors agir pour son propre compte, reste
à explorer, notamment ses liens éventuels avec
les autorités françaises dans cette affaire, et
d'autre part son rôle exact autour de l'enquête sur
l'attentat du 6 avril 1994 et dans l'Opération insecticide
qu'il aurait contracté avec le gouvernement
intérimaire.
Il est
également reproché à la France d'avoir
continué de soutenir les forces du génocide
après le génocide, notamment au Zaïre et
en Centrafrique où elle les aurait entrainées
à nouveau. De la même manière des
présumés génocidaires rwandais
seraient encore abrités sur le sol français.
La
mission d'information parlementaire ^
À la suite
d'une campagne de presse, notamment des articles du journaliste Patrick
de Saint-Exupéry parus en 1994 et en 1998 dans le journal
français Le Figaro, le parlement français
décida d'examiner l'action de la France au Rwanda, par le
moyen d'une Mission d'information parlementaire sur le Rwanda. Des ONG
françaises auraient souhaité une mission
d'enquête parlementaire, dont les pouvoirs juridiques sont
plus étendus pour rechercher la
vérité. Après plusieurs mois de
travaux, le président de la mission parlementaire, l'ancien
ministre des Armées Paul Quilès, conclura
à la non culpabilité de la France
(décembre 1998). La lecture de ce rapport montre que sur des
sujets tels que les livraisons d'armes, après l'embargo du
17 mai 1994 décidé par la résolution
918 du Conseil de sécurité de l'ONU, et les
événements de Bisesero, par exemple, c'est la
version des militaires qui est retenue, sans enquête
complémentaire, alors que des témoignages
très sérieux de journalistes français
exigeaient un approfondissement.
Le
ressurgissement des reproches ^
Dix ans
après, lors de l'année 2004, des livres, des
films, des émissions de radio et de
télévision ont ravivé les
polémiques sur le rôle de la France au Rwanda. En
mars 2004, le journal Le Monde diffusa des fuites du "rapport Bruguière"
accusant Paul Kagame d'être l'auteur de l'attentat contre
Juvénal Habyarimana. De leur côté,
insatisfaits par les conclusions du rapport de la mission parlementaire
sur le Rwanda, quelques citoyens et ONG se sont
auto-constitués en commission d'enquête citoyenne.
À l'issue d'une semaine de travaux à Paris leurs
« conclusions provisoires » ont
été lues le 27 mars 2004 lors d'un colloque
qu'ils ont organisé dans l'enceinte de
l'Assemblée nationale française, en
présence d'un des deux rapporteurs du rapport parlementaire,
l'ancien député Pierre Brana. Le 7 avril 2004, un
grave incident diplomatique eut lieu entre le Rwanda et la France lors
des commémorations du génocide à
Kigali. Au cours des cérémonies, le
Président Rwandais accusa publiquement la France de ne pas
s'être excusée de son rôle au Rwanda et
de prétendre participer malgré tout aux
commémorations.
En juillet 2004, les
ministres des Affaires étrangères des deux pays
ont convenu de « partager un travail de mémoire
» sur le génocide. Le Rwanda a annoncé
quelques jours plus tard, selon une dépêche de
l'AFP du 2 août 2004, que « le conseil des
ministres a adopté le projet de loi organique portant
création de la commission nationale indépendante
chargée de rassembler les preuves de l'implication de la
France dans le génocide perpétré au
Rwanda en 1994 ». Le ministère des Affaires
étrangères français « a pris
acte » de la création de cette commission
rwandaise.
Le 22 octobre 2004,
le Tribunal pénal international pour le Rwanda demanda
officiellement à la « République de
France », de permettre à son ancien ambassadeur
Jean Michel Marlaud et un de ses représentants militaires,
l'officier Jean Jacques Maurin, de répondre à la
demande de la défense du cerveau
présumé du génocide : le colonel
Bagosora en cours de jugement. Le colonel Bagosora fut le premier
officier rwandais ancien élève de l'Ecole de
guerre française. [1]
Le 27 novembre 2004,
dans un débat télévisé sur
France 3, après la projection du film « Tuez les
tous » réalisé par trois
étudiants de sciences politiques, le président de
la mission parlementaire d'information pour le Rwanda, monsieur Paul
Quilès envisagea pour la première fois que
« la France demande pardon au peuple Rwandais, mais pas
à son gouvernement ».
En avril 2005, sur la
radio France Culture, Le sergent Prungnaud, membre du Groupement
d'intervention de gendarmerie nationale a confirmé les
témoignages de nombreux rwandais conernant la formation de
miliciens rwandais par des militaires français. Il a aussi
confirmé qu'il a été envoyé
lors de l'opération Turquoise avec l'information venant de
sa hiérarchie selon laquelle c'étaient les Tutsi
qui massacraient les Hutu. Lire l'interview du sergent Prungnaud.
En 2005, une violente campagne
se déchaina en France pour défendre l'Etat
français à travers les livres de Bernard Lugan, Jacques
Hogard, Ruzibiza, Pierre Péan, Charles Onana et Bernard
debré qui conclut en avril 2006 par l'apologie de la
théorie négationniste du double génocide. Ces
livres
furent décuplés par une campagne de presse, qui amplifia
la dénonciation des conclusions de la Commission d'enquête
citoyenne et surtout du travail de Survie qui fût qualifié
par Pierre Péan de "Cabinet noir du FPR en France"
qui aurait entrainé toute l'intelligencia européenne
dans les
manipulations du FPR. Ce FPR serait aussi l'auteur de
l'événement déclencheur du génocide,
l'attentat du 6 avril 1994 et donc responsable du génocide de
ses frères de l'intérieur du Rwanda. Quel que soit
l'auteur de l'attentat du 6 avril 1994, cette campagne s'inscrit
clairement dans ce
qu'il faut bien appeler le négationnisme français de sa complicité dans le génocide des Tutsi.
En octobre 2006, la
Commission nationale rwandaise procéda à des
auditions publiques qui confirmèrent, selon les
témoins, la complicité de la France dans le
génocide. Aussitôt la France répliqua
en novembre 2006 par l'émission de mandats d'arrêts
internationaux contre des proches du président rwandais
à propos de l'attentat à la suite de
l'enquête du juge Bruguière.
Les
suites judiciaires en France ^
Diverses plaintes ont
été déposées en France
contre des génocidaires présumés
présents sur le sol français. Aucune n'a encore
abouti. En juin 2004, la France a été
condamnée à ce sujet pour la lenteur de sa
justice par la Cour Européenne des Droits de l'Homme,
conernant une plainte déposée contre le
prêtre rwandais Wenceslas Munyeshyaka.
Le 3
février 2005, la commission d'enquête citoyenne,
publie en librairie son rapport et un mémorandum juridique
de son président pour cadrer la question des poursuites
juridiques éventuelles contre des responsables
français. Entre temps, des plaintes ont
été déposées devant la
justice française par des Rwandais, qui se disent victimes
de l'action de Français au Rwanda. Il s'agit notamment de
viols commis au camp de Nyarushishi, dans la zone humanitaire
sûre de l'opération Turquoise, par des soldats
français.
Le 16
février 2005 plusieurs nouvelles plaintes ont
été déposées devant la
justice par Maître Antoine Comte et Maître William
Bourdon à Paris au nom de plaignants rwandais. Cette fois
les plaintes portent sur des actes de «
complicités de crime de génocide » de
la part de responsables militaires ou civiles français que
la justice devra identifier. Ces plaintes sont également
localisées dans la ZHS de l'opération Turquoise.
Conformément au droit international et au droit
français, les plaintes pour complicité de
génocide sont imprescriptibles. Mais ces plaintes subissent
de la part du parquet du tribunal aux armées une
résistance acharnée où la
cohérence juridique s'efface devant la volonté de
tout faire pour les frapper de nullité. Une conférence de presse
tenue par les avocats des parties civiles a eu lieu le
10 mai 2006 au siège de la Ligue des
droits de l'homme à Paris pour dénoncer
l'obstruction du parquet. En mai et en juillet 2006, la Cour d'appel de
Paris débouta à deux reprises le
parquet et libéra les six plaintes à
l'instruction.
En
Les
États-Unis ^
Le rôle des
États-Unis est directement inspiré de
l'échec qu'ils venaient de subir lors de leur intervention
en Somalie en 1993. Pendant deux mois, d'avril à mai 1994,
les dirigeants états-uniens feront la guerre à
l'emploi du mot génocide qui aurait obligé la
communauté internationale à une intervention au
Rwanda en vertu de la Convention pour la prévention et la
répression du crime de génocide
(adoptée par l'Assemblée
générale de l'ONU le 9 décembre 1948).
Elle fut incontestablement l'un des freins à
l'efficacité de la Minuar pendant le génocide.
En 2001, le
gouvernement états-uniens déclassifia des
documents qui confirmèrent l'attitude des USA de ne pas
avoir pris en compte la réalité de la situation
dès janvier 1994. [2]
Cette attitude
perçue très négativement dans le monde
et plus particulièrement par les rescapés du
génocide amena le président Clinton à
présenter des excuses à mots couverts aux
Rwandais. Elle est également vigoureusement
soulignée par la classe politique française quand
on évoque les responsabilités de la France dans
ces événements.
Ces
éléments d'inactions tempèrent les
informations selon lesquelles les USA auraient soutenu le FPR de Paul
Kagame. S'il est indéniable que Paul Kagame a suivi des
formations militaires aux USA en tant qu'officier ougandais, si
probablement, via l'Ouganda, il aurait
bénéficié d'aides militaires
« anglo-saxones », ce soutien ne semble pas aussi
massif et déterminé que celui qu'ont
reçu de l'extérieur ceux qu'il combattait :
l'armée et le régime du Président
Juvénal Habyarimana et ensuite le gouvernement
intérimaire rwandais qui conduisit le génocide.
L'Organisation
de l'Unité Africaine et les pays africains ^
L'OUA, aujourd'hui
transformée en Union Africaine, a fait un rapport sur le
génocide en 2000.
Les pays qui
entourent le Rwanda ont accueillis les réfugiés
Tutsi qui fuyaient le Rwanda à partir de 1959. L'Ouganda est
devenu le lieu de regroupement du Front Patriotique Rwandais qui
décida de rentrer par la force au Rwanda en octobre 1990. La
Tanzanie, à Arusha, abrita les négociations de
paix entre le FPR et le régime Habyarimana, et ensuite le
Tribunal pénal international pour le Rwanda.
Les
événements du Burundi, très proche du
Rwanda quant à la structure de sa population et par la
colonisation, mais ayant eu une histoire différente
après les indépendances, ont probablement eu une
influence très importante sur les planificateurs du projet
génocidaire.
Le
génocide au Rwanda a été vivement
ressenti en Afrique. Mais les Forces armées rwandaises,
ex-FAR du régime génocidaire, et les milices
Interahamwe ont trouvé refuge notamment au Zaïre.
De nombreux responsables du génocide, des planificateurs
recherchés par le Tribunal pénal international
pour le Rwanda, ont trouvé refuge dans les pays d'Afrique.
Certains ont été capturés et remis au
TPIR. La République de Centrafrique a vu des forces
génocidaires entraînées sur son
territoire par l'armée française après
le génocide.
En l'an 2000 un
collectif d'écrivains africains se constitua pour
écrire « par devoir de mémoire
» sur le génocide au Rwanda.
Encore aujourd'hui
l'Afrique des grands lacs, et plus particulièrement la
République démocratique du Congo, subissent
l'instabilité politique en partie provoquée par
la présence des forces génocidaires en fuite.
L'Afrique du Sud joue un rôle de plus en plus
présent dans les efforts de pacification de cette
région.
L'Organisation
des Nations Unies ^
Au moment du
génocide, le secrétaire
général de l'ONU est Boutros Boutros-Ghali. Le
rôle de l'ONU a été
critiqué, notamment par la France (qui en est un des cinq
membres permanents de son organe directeur) et le Rwanda. L'ONU n'a pas
fait d'enquête sur l'attentat qui a été
le signal de départ du génocide. Pendant des
semaines, la communauté internationale a laissé
faire les tueries sans intervenir. La MINUAR, mission des nations unies
au Rwanda, dut se débrouiller pendant cette
période dans des conditions que son commandant le
Général Roméo Dallaire a longuement
relatées dans son livre « J'ai serré la
main du diable ». L'ONU a fait un rapport sur le
génocide.
Les
décisions du Conseil de sécurité ^
Le 12 mars 1993, la
résolution 812 du Conseil de sécurité
décide d'envoyer une force des nations unies au Rwanda pour
soutenir la dynamique des accords d'Arusha. Cette force, la MINUAR,
arrive fin 1993 et les forces françaises de
l'opération Noroît se retirent.
En janvier 1994, le
Rwanda obtint un représentant au Conseil de
sécurité. Pendant toute la durée du
génocide, ce représentant du Rwanda, dont le
gouvernement conduisait le génocide, assistera aux
débats du Conseil de sécurité.
Après
l'assassinat des dix casques bleus belges au début du
génocide, la Belgique rappelle son contingent de 1200 hommes
et divise par deux l'effectif de la MINUAR. Cette décision
sera soutenue à l'unanimité par le Conseil de
Sécurité le 21 avril 1994 (résolution
912) qui ramènera l'effectif de la MINUAR à 270
hommes. À la mi-mai, après la militance de la
plupart des membres du Conseil de sécurité, en
particulier des USA, pour refuser de parler de génocide,
brusquement le Conseil de sécurité se ravise et
décide (résolution 918) de lancer une MINUAR II
d'un effectif de 5500 hommes qui devra entrer en action vers le 22
août 1994 en invoquant des contraintes techniques de
préparation. En même temps un embargo sur les
armes est décrété.
La France arguera de
ce délai pour arracher au Conseil de
sécurité l'intervention de l'opération
Turquoise le 22 juin 1994 (Résolution 929) qui confirmera
qu'il était possible d'envoyer une opération
d'envergure beaucoup plus rapidement. Le 28 juin 1994 le rapporteur de
la commission des droits de l'homme de l'ONU dévoile son
rapport et confirme l'existence d'un génocide. Le 4 juillet
1994, alors que le FPR prend Kigali et met fin au génocide
dans la partie qu'il contrôle, la France
décrète la ZHS, zone humanitaire sûre,
dans le sud ouest du Rwanda, où les génocidaires
ne seront pas efficacement combattus selon le rapport des
députés français en 1998. Le 22
août la MINUAR II entre en action et la France se retire. Le
8 novembre 1994 le Conseil de sécurité
décide dans sa résolution 955 du Tribunal
pénal international pour le Rwanda tout en reconnaissant la
réalité du génocide qui sera
confirmé par les premières décisions
de ce Tribunal.
La Minuar sera
dissoute et quittera le Rwanda en mars 1996.
Réflexions
des acteurs onusiens impliqués ^
Kofi Annan, qui
n'était pas encore secrétaire
général de l'ONU, a été
très marqué par le génocide. Il
dirigeait alors le « Domp »(Département
des opérations de maintien de la paix), service de l'ONU qui
avait la responsabilité du suivi des relations avec la
Minuar. Dans son discours du 7 avril 2004, à l'occasion du
dixième anniversaire du génocide, il a fait part
des préoccupations particulières que lui
inspirent les événements du Rwanda dans la
prévention indispensables des conflits armés et
des génocides. 1
Dans son rapport
« Aucun témoin ne doit survivre », HRW
souligne les écarts d'appréciation au moment du
génocide entre le général Dallaire et
Jacques-Roger Booh Booh, le responsable diplomatique de la Minuar. Avec
le recul, il apparaît que, au moment du génocide,
les communications sur les événements du Rwanda
de Jacques-Roger Booh Booh étaient très
éloignées de la réalité,
contrairement à celles de Roméo Dallaire, et ont
probablement contribué à la mauvaise information
du Conseil de sécurité. Dans son best seller, le
général Dallaire a critiqué
Jacques-Roger Booh Booh, dont il n'appréciait
guère les méthodes et la proximité
diplomatique avec la France et le secrétaire
général de l'époque, Boutros
Boutros-Ghali, qui s'était absenté de cette
actualité jusqu'au 21 avril 1994. En mars 2005,
Jacques-Roger Booh Booh publie un livre édité en
France, « Le patron de Dallaire parle », dans
lequel il prend le risque de s'attaquer à la
réputation morale de Roméo Dallaire, d'une
manière qui rappelle les caricatures que diffusait la
propagande génocidaire au moment des
événements.
Les
ONG ^
Les ONG ont pris le
génocide au Rwanda de plein fouet. Certaines comme la
Fédération internationale des Droits de l'Homme
ou l'association française Survie avaient donné
l'alerte au moins un an avant.
Face aux
événements les médecins furent
submergés. Médecins du Monde et
Médecins sans frontières avaient des missions sur
places. Médecins sans frontières employait
plusieurs centaines de Rwandais. Une très grande partie
d'entre eux furent massacrés devant des occidentaux
impuissants. Le staff français de Médecins sans
frontières aura une action médiatique
extrêmement critique contre les autorités
françaises en avril et mai 1994 et se
déplaça à l'ONU. Leur appel restera
célèbre : « On n'arrête pas
un génocide avec des médecins ».
Human Rights Watch
publia à chaud un rapport en mai 1994 : Génocide
au Rwanda
Lors de
l'opération Turquoise de la France, à la fin du
génocide, un clivage se creusa entre les ONG qui acceptaient
l'intervention et celles qui s'en méfiaient. Les autres
sections nationales de Médecins sans frontières
ne partageaient pas toutes l'approche de la section
française. Les militaires français, qui
comptaient sur les ONG pour « faire de l'humanitaire
», déplorèrent leurs
réticences. Ces réticences furent partiellement
vaincues lorsque le choléra éclata dans les camps
de réfugiés et qu'il fallut porter secours aux
réfugiés malades. Mais en novembre 1994
Médecins sans frontières quitta à
nouveau les camps devant le constat de la mainmise armée des
forces génocidaires sur les populations
réfugiées au Zaïre.
En 1998 en France des
Comités Vérité sur le Rwanda furent
initiés pour tenter d'obtenir en vain du parlement qu'il
fasse une commission d'enquête sur l'implication de la France
au Rwanda au lieu d'une simple Mission d'information.
En 1999, Human Rights
Watch et la Fédération internationale des Droits
de l'Homme publièrent un rapport commun de 800 pages
« Leave None to Tell the Story » traduit
« Aucun témoin ne doit survivre » en
Français.
En 2004 des ONG
constituèrent avec diverses personnalités une
Commission d'enquête citoyenne qui déboucha sur un
rapport de 600 pages : « L'horreur qui nous prend au visage
» et un ouvrage sur la faisabilité de la mise en
cause juridique de responsable français devant la justice :
« Imprescriptible ».
Les
rapports internationaux ^
L'ONU, l'OUA, les
parlements belges et français, l'ONG Human Rights Watch et
la Commission d'enquête citoyenne française ont
fait des rapports approfondis sur le génocide au Rwanda.
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