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Génocide au Rwanda
Le rôle de la communauté internationale


Sommaire

La Belgique
La France
Les États-Unis
L'Organisation de l'Unité Africaine et les pays africains
L'Organisation des Nations Unies
Les ONG
Les rapports internationaux

La Belgique ^

La Belgique a été extrêmement choquée par les événements de 1994. En tant qu'ancienne puissance coloniale elle suivait avec intérêt les événements de ce pays. La Minuar était composée pour moitié de soldats belges. Les services de renseignements belges connaissaient l'intention génocidaire du régime Habyarimana. Un ministre de Belgique, était venu en visite en février 1994, à un moment où selon certaines sources difficiles à vérifier, le déclenchement du génocide aurait été imminent. Rien ne nous permet de dire si cette visite a empêché ce premier déclenchement.


La méthode administrative belge ^

Après avoir envahi le Rwanda en 1916, prolongeant sur le territoire africain les luttes européennes, cette colonie allemande fut confiée par la SDN à la Belgique, après la première guerre mondiale. La Belgique a d'immenses responsabilités dans la genèse de ce génocide. Elle partage ces responsabilités avec les européens, notamment les premiers colons allemands, les Pères blancs et les premiers explorateurs, qui ont essayé de comprendre ce pays. Pour des raisons qui tiennent à l'état des théories anthropologiques du monde occidental contemporain des années 20-30, la Belgique institua au Rwanda, comme au Burundi, un régime colonial générant un racisme autochtone qui divisa la population du pays. Systématiquement elle imposa la domination administrative des Tutsi sur les Hutu et sur les Twa. Le mépris organisé des Hutu est donc issu du même mouvement philosophique européen que le nazisme. Les Tutsi ont dans leur grande majorité accepté cette dérive, et ont introjeté sans obstacles cette idéologie qui les favorisait.


Les résistances belges à la décolonisation ^

La Belgique a donc contribué à la fabrication d'un ressort social qu'elle a ensuite déclenché par opportunité politique en renversant son alliance « racialisée » dans ce piège qu'elle avait imposé. Au moment des indépendances, à la suite d'évolutions intellectuelles, dont une forme de théologie de la libération au sein de l'Église catholique coloniale au Rwanda, lorsque les Tutsi ont revendiqué l'indépendance, elle détourna les frustrations Hutu contre les privilèges qu'elle avait accordés à ses relais coloniaux. Elle se servi des Tutsi comme otage cible de la colère anticoloniale. La Belgique fut contrainte par les institutions internationales et la pression montante dans le pays d'accorder l'indépendance au Rwanda en 1962. À partir des années soixante, les Tutsi devinrent l'objet d'une persécution systématique, perçue en Europe, puisque le journal Le Monde du 4 février 1964 titrait sur trois colonnes en dernière page : « L'extermination des Tutsi, les massacres du Ruanda sont la manifestation d'une haine raciale soigneusement entretenue ». Le colonialisme belge est donc la matrice d'une république raciale Hutu, dont son protégé Grégoire Kayibanda fut le premier président.


Le retour belge à travers une mission de l'ONU ^

Lorsque l'ONU décide de constituer en 1993 une mission pour soutenir les efforts de paix au Rwanda, la Minuar la Belgique fournit la moitié du contingent de casques bleus.

Après l'attentat du 6 avril 1994, la radio des mille collines diffusa la rumeur que les soldats belges de la Minuar en étaient l'auteur. Dix soldat belges furent capturés et assassinés par la Garde présidentielle rwandaise. Cet épisode dramatique plongea la Belgique dans une consternation dépressive qui entraîna son désengagement de la Minuar. Dans la foulée, comme pour justifier sa décision, la Belgique entraîna l'ONU dans une spirale de désengagement. Un informateur, appelé « Jean-Pierre » par le général Dallaire, avait annoncé début 1994 à la Minuar ce projet de s'en prendre à des soldats belges pour les faire partir. Ceux qui ont assassiné les soldats belges ont atteint leur objectif. D'une certaine manière ce massacre des soldats belges représente l'épilogue « habituel » d'une décolonisation, mais différé, les derniers protégés des Belges chassant définitivement leurs anciens colons.


L'échec de l'engagement belge ^

Dès le 7 avril, la Belgique demande à l'ONU une extension du mandat de la Minuar pour évacuer ses 1520 ressortissants, mais pas pour protéger les Rwandais menacés. Les autorités rwandaises refusent une intervention de la Belgique, soupçonnés d'être les auteurs de l'attentat, et préfèrent une intervention française. On peut lire dans le rapport du sénat belge ces propos de l'ambassadeur belge le 12 avril 1994 : « Nous nous préoccupons surtout : ­ du personnel qui a travaillé pour nous ; ­ de certaines personnalités associées au processus de démocratisation ;­ des ecclésiastiques. » Le rapport poursuit : « Finalement, l'opération « Silver Back » débutera le 10 avril et se terminera le 15 avril, lorsque les derniers civils belges auront quitté le Rwanda. »


Le temps de la réflexion politique ^

Après le génocide, la Belgique, traumatisée, engagea une réflexion parlementaire. Le sénat de Belgique institua une Commission d'enquête parlementaire qui enquêta et rédigea un rapport parlementaire.

« Le 6 avril 2000, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt assista à Kigali à la cérémonie commémorant le sixième anniversaire du génocide. Il saisit l'occasion de faire des excuses après six ans et “d'assumer la responsabilité de mon pays”, d'après ce que l'on a appris par la suite «au nom de mon pays et de mon peuple, je demande pardon » - Extrait du chapitre 15.52 du rapport de l'OUA


Des suites judiciaires en Belgique ^


La France ^


"Les accords particuliers d'assistance militaire" du 18 juillet 1975 ^

Le 18 juillet 1975, Valéry Giscard d'Estaing avait signé avec le Président Juvénal Habyarimana des accords de coopération pour la formation de la gendarmerie rwandaise. Cet accord stipulait dans son article 3 des limites très précises : “ ils (les militaires français) ne peuvent en aucun cas être associés à la préparation ou à l'exécution d'opérations de guerre, de maintien ou de rétablissement de l'ordre ou de la légalité ”. Ensuite le Président François Mitterrand et le Président Juvénal Habyarimana tissèrent des « liens d'amitiés » entre les deux pays.

Le 20 avril 1983, un amendement à l'article 3 de l'accord de 1975 permit aux militaires français chargés de la formation de la gendarmerie rwandaise de servir « sous uniforme rwandais » et supprima les prudentes limites citées plus haut. Dès le début de l'invasion des exilés Tutsi venus de l'Ouganda le 1 octobre 1990, le Président Habyarimana appellera la France à le soutenir militairement, bien que, contrairement à une idée répandue, les accords signés entre les deux pays ne soient pas des accords de défense, mais seulement des accords de formation de la gendarmerie rwandaise. S'il y a eu des accords de défense, ils n'ont put être que des accord oraux, d'homme à homme, entre François Mitterrand et Juvénal Habyarimana.

L'opération Noroît ^

Alors que le FPR entre au Rwanda le 1 octobre 1990, dès le 4 octobre 1990 l'armée française est à Kigali sous le nom d'opération Noroît. Tout était donc probablement prêt pour que la France soutienne ouvertement le régime de Juvénal Habyarimana contre les rebelles du FPR : « La présence française » fut jugée « à la limite de l'engagement direct » selon le titre d'un chapitre du rapport de la mission parlementaire française. Cette opération a permis d'organiser, d'entraîner et d'encadrer les militaires rwandais, qui à leur tour formèrent les milices Interahamwe, et même directement des miliciens Interahamwe, selon des témoignages rwandais et du gendarme Thierry Prungnaud du GIGN. D'autres nombreux témoignages rwandais, très partiellement reconnus par les militaires français devant la mission parlementaire, montrent que l'armée française a d'autre part procédé à des contrôles d'identité ethniques, parfois accompagnés de miliciens (ce que les militaires français ne reconnaissent pas) en plus de leurs homologues rwandais et des interrogatoires en prisons dès 1991.

Le 31 juillet 1992, vingt trois mois après le début de l'engagement militaire français, La France et le Rwanda ont régularisé la rédaction de l'accord d'assistance militaire de 1975 pour qu'il concerne la formation des Forces armées rwandaises en changeant simplement dans sa rédaction les mots « Gendarmerie rwandaise » par « Force armées rwandaises » aux articles 1 et 6 de l'accord de 1975, et toujours sous « uniforme rwandais » selon l'avenant de 1983.

Parallèlement la France, en accord avec la communauté internationale, a soutenu le processus de paix des négociations des accords d'Arusha entre le pouvoir rwandais, son opposition et les exilés du FPR.


Le retrait devant l'arrivée de la Minuar ^

En décembre 1993, la France s'efface officiellement devant l'arrivée de la Minuar, mission de paix de l'ONU, venue aider à la mise en œuvre des accords d'Arusha. L'opération Noroît s'achève, mais d'après diverses sources, il semble malgré tout que quelques dizaines de techniciens militaires continuèrent d'opérer au Rwanda. Un couple de français a notamment été assassiné dans les heures qui ont suivi l'attentat. Ce couple disposait de matériels électroniques. On ne sait pas qui les a assassinés. Peut être est-ce en relation avec l'attentat ? D'autres indices de la présence de français existent, notamment un campement sur la colline de Masaka, colline d'où furent tirés les missiles de l'attentat.


L'opération Amaryllis ^

Le 8 avril 1994, deux jours après l'attentat contre le président Habyarimana, la France déclenche l'opération Amaryllis pour permettre l'évacuation sécurisée de 1500 ressortissants, essentiellement occidentaux. Les rescapés rwandais ont vivement critiqué cette opération qui, selon de nombreux témoignages, n'incluait pas l'évacuation des Rwandais menacés par les massacres, même lorsqu'ils étaient employés par les autorités françaises. La France évacuera aussi des dignitaires du régime Habyarimana. On lit dans le rapport des députés français que le premier avion décolle de Kigali le 9 avril avec 43 français et 12 membres de la famille Habyarimana et, le 11 avril, 97 enfants de l'orphelinat protégé par madame Habyarimana sont évacués. Selon diverses sources, d'autres dignitaires proches de la famille Habyarimana auraient aussi été évacués. Le 14 avril l'opération Amaryllis est terminée.


L'opération Turquoise ^

La France fut très active à l'ONU dans les discussions sur le renforcement de la Minuar en mai 1994. Devant l'inertie de la communauté internationale, elle obtint l'aval de l'ONU, pour conduire l'opération Turquoise, du 22 juin au 22 août 1994.

Cette opération fut conduite à partir du Zaïre dans le sud-ouest du Rwanda. Le but annoncé était de protéger, dans une « zone humanitaire sûre », les « populations menacées » aussi bien par le génocide que par le conflit militaire entre le FPR et le gouvernement intérimaire rwandais. Aucune hiérarchie entre ces deux types de personnes menacées n'était établie. Elles étaient assimilées aux deux parties du conflit militaire et il était ordonné de rester neutre entre ces parties. La France revendique d'avoir protégé les 8000 Tutsi du camp de Nyarushishi, et d'avoir secouru 800 Tutsi à Bisesero près de Kibuye.

Des journalistes étaient présents à Bisesero et n'ont pas la même version que l'armée française. Un gendarme français du GIGN a confirmé en 2005 dans Le Point et sur France Culture que les quinze premiers jours les militaires français sur le terrain avaient été informés par la France que c'étaient les Tutsi qui massacraient les Hutu.

Des affrontements militaires ont eu lieu avec les soldats du FPR de Paul Kagame. La classe politique française fut presque unanimement en faveur de cette opération. Valéry Giscard d'Estaing fut le seul homme politique français à critiquer ouvertement l'existence même de cette opération, le 7 juillet 1994 par des propos rapportés par le journal Le Monde:

...Qu'est-ce qu'on va faire ? », s'est interrogé l'ancien Président de la République. « Il y a des Tutsi qui avancent. Est-ce qu'on va s'opposer à leur avance, de quel droit ? », s'est-il exclamé. « Actuellement on a les Tutsi qui avancent, c'est-à-dire les victimes et on a derrière nous une partie de ceux qui ont procédé aux massacres... ».

Les ONG ne s'associèrent pas tout de suite au rôle humanitaire que l'armée attendait d'elles.


Les reproches faits à la France ^

La France, un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, est accusée d'avoir armé et aidé le régime extrémiste hutu qui a préparé le génocide, et qui ne cachait pas, d'après le rapport parlementaire français, dans la presse rwandaise comme devant les militaires français, son intention génocidaire. Des voix allèguent qu'en renforçant un camp qui allait devenir génocidaire la France aurait favorisé l'éclosion du génocide.

Des témoignages rwandais affirment que des militaires français ont procédé à des contrôle d'identité ethnique. Certains depuis 1991. Les militaires français ont reconnu avoir procédé, pendant l'opération Noroît à partir de 1993, à des contrôles d'identités sur la base de la carte d'identité ethnique de la république rwandaise, qui précisait si la personne était Hutu, Tutsi ou Twa. ils ont également reconnu avoir procédé à des interrogatoires dans des prisons au Rwanda et avoir conseillé des officiers des FAR dans les combats contre le FPR. Des témoins rwandais disent que des militaires français auraient pris part à ces combats. D'autres témoignages rwandais accusent les militaires français d'avoir formé les miliciens rwandais.

Des livraisons d'armes aux Forces armées rwandaises, sur l'aéroport de Goma, ville frontalière du Rwanda au Zaïre, auraient été effectuées jusqu'au 18 juillet 1994. Cet aéroport était entièrement contrôlé par la France à partir de la mi juin 1994.

La France est également accusée d'avoir continué son soutien aux génocidaires pendant l'opération Turquoise, ce que certains de ses responsables réfutent en revendiquant une intervention humanitaire exemplaire. Humanitaire pour les uns, notamment au moment de l'épidémie de choléra dans les camps de réfugiés constitués aux Zaïre, cette opération fut vivement contestable pour les autres, car elle a facilité la fuite de responsables du génocide sans les désarmer, la continuation du génocide plus longtemps que dans le reste du pays et un déplacement massif de populations au Zaïre par le Sud (environ deux millions de personnes au totalont fuit au Zaïre par le nord et par le sud du Rwanda). Les autorités françaises accusent le FPR d'avoir provoqué la moitié de ces déplacements, en refusant leur conseil de ne pas investir le nord-ouest du pays.

Enfin le rôle d'un gendarme français, Paul Barril, qui prétendait alors agir pour son propre compte, reste à explorer, notamment ses liens éventuels avec les autorités françaises dans cette affaire, et d'autre part son rôle exact autour de l'enquête sur l'attentat du 6 avril 1994 et dans l'Opération insecticide qu'il aurait contracté avec le gouvernement intérimaire.

Il est également reproché à la France d'avoir continué de soutenir les forces du génocide après le génocide, notamment au Zaïre et en Centrafrique où elle les aurait entrainées à nouveau. De la même manière des présumés génocidaires rwandais seraient encore abrités sur le sol français.


La mission d'information parlementaire ^

À la suite d'une campagne de presse, notamment des articles du journaliste Patrick de Saint-Exupéry parus en 1994 et en 1998 dans le journal français Le Figaro, le parlement français décida d'examiner l'action de la France au Rwanda, par le moyen d'une Mission d'information parlementaire sur le Rwanda. Des ONG françaises auraient souhaité une mission d'enquête parlementaire, dont les pouvoirs juridiques sont plus étendus pour rechercher la vérité. Après plusieurs mois de travaux, le président de la mission parlementaire, l'ancien ministre des Armées Paul Quilès, conclura à la non culpabilité de la France (décembre 1998). La lecture de ce rapport montre que sur des sujets tels que les livraisons d'armes, après l'embargo du 17 mai 1994 décidé par la résolution 918 du Conseil de sécurité de l'ONU, et les événements de Bisesero, par exemple, c'est la version des militaires qui est retenue, sans enquête complémentaire, alors que des témoignages très sérieux de journalistes français exigeaient un approfondissement.


Le ressurgissement des reproches ^

Dix ans après, lors de l'année 2004, des livres, des films, des émissions de radio et de télévision ont ravivé les polémiques sur le rôle de la France au Rwanda. En mars 2004, le journal Le Monde diffusa des fuites du "rapport Bruguière" accusant Paul Kagame d'être l'auteur de l'attentat contre Juvénal Habyarimana. De leur côté, insatisfaits par les conclusions du rapport de la mission parlementaire sur le Rwanda, quelques citoyens et ONG se sont auto-constitués en commission d'enquête citoyenne. À l'issue d'une semaine de travaux à Paris leurs « conclusions provisoires » ont été lues le 27 mars 2004 lors d'un colloque qu'ils ont organisé dans l'enceinte de l'Assemblée nationale française, en présence d'un des deux rapporteurs du rapport parlementaire, l'ancien député Pierre Brana. Le 7 avril 2004, un grave incident diplomatique eut lieu entre le Rwanda et la France lors des commémorations du génocide à Kigali. Au cours des cérémonies, le Président Rwandais accusa publiquement la France de ne pas s'être excusée de son rôle au Rwanda et de prétendre participer malgré tout aux commémorations.

En juillet 2004, les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont convenu de « partager un travail de mémoire » sur le génocide. Le Rwanda a annoncé quelques jours plus tard, selon une dépêche de l'AFP du 2 août 2004, que « le conseil des ministres a adopté le projet de loi organique portant création de la commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves de l'implication de la France dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 ». Le ministère des Affaires étrangères français « a pris acte » de la création de cette commission rwandaise.

Le 22 octobre 2004, le Tribunal pénal international pour le Rwanda demanda officiellement à la « République de France », de permettre à son ancien ambassadeur Jean Michel Marlaud et un de ses représentants militaires, l'officier Jean Jacques Maurin, de répondre à la demande de la défense du cerveau présumé du génocide : le colonel Bagosora en cours de jugement. Le colonel Bagosora fut le premier officier rwandais ancien élève de l'Ecole de guerre française. [1]

Le 27 novembre 2004, dans un débat télévisé sur France 3, après la projection du film « Tuez les tous » réalisé par trois étudiants de sciences politiques, le président de la mission parlementaire d'information pour le Rwanda, monsieur Paul Quilès envisagea pour la première fois que « la France demande pardon au peuple Rwandais, mais pas à son gouvernement ».

En avril 2005, sur la radio France Culture, Le sergent Prungnaud, membre du Groupement d'intervention de gendarmerie nationale a confirmé les témoignages de nombreux rwandais conernant la formation de miliciens rwandais par des militaires français. Il a aussi confirmé qu'il a été envoyé lors de l'opération Turquoise avec l'information venant de sa hiérarchie selon laquelle c'étaient les Tutsi qui massacraient les Hutu. Lire l'interview du sergent Prungnaud.

En 2005, une violente campagne  se déchaina en France pour défendre l'Etat français à travers les livres de Bernard Lugan, Jacques Hogard, Ruzibiza, Pierre Péan, Charles Onana et Bernard debré  qui conclut en avril 2006 par l'apologie de la théorie négationniste du double génocide. Ces livres furent décuplés par une campagne de presse, qui amplifia la dénonciation des conclusions de la Commission d'enquête citoyenne et surtout du travail de Survie qui fût qualifié par Pierre Péan de "Cabinet noir du FPR en France" qui aurait entrainé toute l'intelligencia européenne dans les manipulations du FPR. Ce FPR serait aussi l'auteur de l'événement déclencheur du génocide, l'attentat du 6 avril 1994 et donc responsable du génocide de ses frères de l'intérieur du Rwanda. Quel que soit l'auteur de l'attentat du 6 avril 1994, cette campagne s'inscrit clairement dans ce qu'il faut bien appeler le négationnisme français de sa complicité dans le génocide des Tutsi.

En octobre 2006, la Commission nationale rwandaise procéda à des auditions publiques qui confirmèrent, selon les témoins, la complicité de la France dans le génocide. Aussitôt la France répliqua en novembre 2006 par l'émission de mandats d'arrêts internationaux contre des proches du président rwandais à propos de l'attentat à la suite de l'enquête du juge Bruguière.

Les suites judiciaires en France ^

Diverses plaintes ont été déposées en France contre des génocidaires présumés présents sur le sol français. Aucune n'a encore abouti. En juin 2004, la France a été condamnée à ce sujet pour la lenteur de sa justice par la Cour Européenne des Droits de l'Homme, conernant une plainte déposée contre le prêtre rwandais Wenceslas Munyeshyaka.

Le 3 février 2005, la commission d'enquête citoyenne, publie en librairie son rapport et un mémorandum juridique de son président pour cadrer la question des poursuites juridiques éventuelles contre des responsables français. Entre temps, des plaintes ont été déposées devant la justice française par des Rwandais, qui se disent victimes de l'action de Français au Rwanda. Il s'agit notamment de viols commis au camp de Nyarushishi, dans la zone humanitaire sûre de l'opération Turquoise, par des soldats français.

Le 16 février 2005 plusieurs nouvelles plaintes ont été déposées devant la justice par Maître Antoine Comte et Maître William Bourdon à Paris au nom de plaignants rwandais. Cette fois les plaintes portent sur des actes de « complicités de crime de génocide » de la part de responsables militaires ou civiles français que la justice devra identifier. Ces plaintes sont également localisées dans la ZHS de l'opération Turquoise. Conformément au droit international et au droit français, les plaintes pour complicité de génocide sont imprescriptibles. Mais ces plaintes subissent de la part du parquet du tribunal aux armées une résistance acharnée où la cohérence juridique s'efface devant la volonté de tout faire pour les frapper de nullité. Une conférence de presse tenue par les avocats des parties civiles a eu lieu le 10 mai 2006 au siège de la Ligue des droits de l'homme à Paris pour dénoncer l'obstruction du parquet. En mai et en juillet 2006, la Cour d'appel de Paris  débouta à deux reprises le parquet et libéra les six plaintes à l'instruction.

En

Les États-Unis ^

Le rôle des États-Unis est directement inspiré de l'échec qu'ils venaient de subir lors de leur intervention en Somalie en 1993. Pendant deux mois, d'avril à mai 1994, les dirigeants états-uniens feront la guerre à l'emploi du mot génocide qui aurait obligé la communauté internationale à une intervention au Rwanda en vertu de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU le 9 décembre 1948). Elle fut incontestablement l'un des freins à l'efficacité de la Minuar pendant le génocide.

En 2001, le gouvernement états-uniens déclassifia des documents qui confirmèrent l'attitude des USA de ne pas avoir pris en compte la réalité de la situation dès janvier 1994. [2]

Cette attitude perçue très négativement dans le monde et plus particulièrement par les rescapés du génocide amena le président Clinton à présenter des excuses à mots couverts aux Rwandais. Elle est également vigoureusement soulignée par la classe politique française quand on évoque les responsabilités de la France dans ces événements.

Ces éléments d'inactions tempèrent les informations selon lesquelles les USA auraient soutenu le FPR de Paul Kagame. S'il est indéniable que Paul Kagame a suivi des formations militaires aux USA en tant qu'officier ougandais, si probablement, via l'Ouganda, il aurait bénéficié d'aides militaires « anglo-saxones », ce soutien ne semble pas aussi massif et déterminé que celui qu'ont reçu de l'extérieur ceux qu'il combattait : l'armée et le régime du Président Juvénal Habyarimana et ensuite le gouvernement intérimaire rwandais qui conduisit le génocide.


L'Organisation de l'Unité Africaine et les pays africains ^

L'OUA, aujourd'hui transformée en Union Africaine, a fait un rapport sur le génocide en 2000.

Les pays qui entourent le Rwanda ont accueillis les réfugiés Tutsi qui fuyaient le Rwanda à partir de 1959. L'Ouganda est devenu le lieu de regroupement du Front Patriotique Rwandais qui décida de rentrer par la force au Rwanda en octobre 1990. La Tanzanie, à Arusha, abrita les négociations de paix entre le FPR et le régime Habyarimana, et ensuite le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Les événements du Burundi, très proche du Rwanda quant à la structure de sa population et par la colonisation, mais ayant eu une histoire différente après les indépendances, ont probablement eu une influence très importante sur les planificateurs du projet génocidaire.

Le génocide au Rwanda a été vivement ressenti en Afrique. Mais les Forces armées rwandaises, ex-FAR du régime génocidaire, et les milices Interahamwe ont trouvé refuge notamment au Zaïre. De nombreux responsables du génocide, des planificateurs recherchés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, ont trouvé refuge dans les pays d'Afrique. Certains ont été capturés et remis au TPIR. La République de Centrafrique a vu des forces génocidaires entraînées sur son territoire par l'armée française après le génocide.

En l'an 2000 un collectif d'écrivains africains se constitua pour écrire « par devoir de mémoire » sur le génocide au Rwanda.

Encore aujourd'hui l'Afrique des grands lacs, et plus particulièrement la République démocratique du Congo, subissent l'instabilité politique en partie provoquée par la présence des forces génocidaires en fuite. L'Afrique du Sud joue un rôle de plus en plus présent dans les efforts de pacification de cette région.


L'Organisation des Nations Unies ^

Au moment du génocide, le secrétaire général de l'ONU est Boutros Boutros-Ghali. Le rôle de l'ONU a été critiqué, notamment par la France (qui en est un des cinq membres permanents de son organe directeur) et le Rwanda. L'ONU n'a pas fait d'enquête sur l'attentat qui a été le signal de départ du génocide. Pendant des semaines, la communauté internationale a laissé faire les tueries sans intervenir. La MINUAR, mission des nations unies au Rwanda, dut se débrouiller pendant cette période dans des conditions que son commandant le Général Roméo Dallaire a longuement relatées dans son livre « J'ai serré la main du diable ». L'ONU a fait un rapport sur le génocide.

Les décisions du Conseil de sécurité ^

Le 12 mars 1993, la résolution 812 du Conseil de sécurité décide d'envoyer une force des nations unies au Rwanda pour soutenir la dynamique des accords d'Arusha. Cette force, la MINUAR, arrive fin 1993 et les forces françaises de l'opération Noroît se retirent.

En janvier 1994, le Rwanda obtint un représentant au Conseil de sécurité. Pendant toute la durée du génocide, ce représentant du Rwanda, dont le gouvernement conduisait le génocide, assistera aux débats du Conseil de sécurité.

Après l'assassinat des dix casques bleus belges au début du génocide, la Belgique rappelle son contingent de 1200 hommes et divise par deux l'effectif de la MINUAR. Cette décision sera soutenue à l'unanimité par le Conseil de Sécurité le 21 avril 1994 (résolution 912) qui ramènera l'effectif de la MINUAR à 270 hommes. À la mi-mai, après la militance de la plupart des membres du Conseil de sécurité, en particulier des USA, pour refuser de parler de génocide, brusquement le Conseil de sécurité se ravise et décide (résolution 918) de lancer une MINUAR II d'un effectif de 5500 hommes qui devra entrer en action vers le 22 août 1994 en invoquant des contraintes techniques de préparation. En même temps un embargo sur les armes est décrété.

La France arguera de ce délai pour arracher au Conseil de sécurité l'intervention de l'opération Turquoise le 22 juin 1994 (Résolution 929) qui confirmera qu'il était possible d'envoyer une opération d'envergure beaucoup plus rapidement. Le 28 juin 1994 le rapporteur de la commission des droits de l'homme de l'ONU dévoile son rapport et confirme l'existence d'un génocide. Le 4 juillet 1994, alors que le FPR prend Kigali et met fin au génocide dans la partie qu'il contrôle, la France décrète la ZHS, zone humanitaire sûre, dans le sud ouest du Rwanda, où les génocidaires ne seront pas efficacement combattus selon le rapport des députés français en 1998. Le 22 août la MINUAR II entre en action et la France se retire. Le 8 novembre 1994 le Conseil de sécurité décide dans sa résolution 955 du Tribunal pénal international pour le Rwanda tout en reconnaissant la réalité du génocide qui sera confirmé par les premières décisions de ce Tribunal.

La Minuar sera dissoute et quittera le Rwanda en mars 1996.


Réflexions des acteurs onusiens impliqués ^

Kofi Annan, qui n'était pas encore secrétaire général de l'ONU, a été très marqué par le génocide. Il dirigeait alors le « Domp »(Département des opérations de maintien de la paix), service de l'ONU qui avait la responsabilité du suivi des relations avec la Minuar. Dans son discours du 7 avril 2004, à l'occasion du dixième anniversaire du génocide, il a fait part des préoccupations particulières que lui inspirent les événements du Rwanda dans la prévention indispensables des conflits armés et des génocides. 1

Dans son rapport « Aucun témoin ne doit survivre », HRW souligne les écarts d'appréciation au moment du génocide entre le général Dallaire et Jacques-Roger Booh Booh, le responsable diplomatique de la Minuar. Avec le recul, il apparaît que, au moment du génocide, les communications sur les événements du Rwanda de Jacques-Roger Booh Booh étaient très éloignées de la réalité, contrairement à celles de Roméo Dallaire, et ont probablement contribué à la mauvaise information du Conseil de sécurité. Dans son best seller, le général Dallaire a critiqué Jacques-Roger Booh Booh, dont il n'appréciait guère les méthodes et la proximité diplomatique avec la France et le secrétaire général de l'époque, Boutros Boutros-Ghali, qui s'était absenté de cette actualité jusqu'au 21 avril 1994. En mars 2005, Jacques-Roger Booh Booh publie un livre édité en France, « Le patron de Dallaire parle », dans lequel il prend le risque de s'attaquer à la réputation morale de Roméo Dallaire, d'une manière qui rappelle les caricatures que diffusait la propagande génocidaire au moment des événements.


Les ONG ^

Les ONG ont pris le génocide au Rwanda de plein fouet. Certaines comme la Fédération internationale des Droits de l'Homme ou l'association française Survie avaient donné l'alerte au moins un an avant.

Face aux événements les médecins furent submergés. Médecins du Monde et Médecins sans frontières avaient des missions sur places. Médecins sans frontières employait plusieurs centaines de Rwandais. Une très grande partie d'entre eux furent massacrés devant des occidentaux impuissants. Le staff français de Médecins sans frontières aura une action médiatique extrêmement critique contre les autorités françaises en avril et mai 1994 et se déplaça à l'ONU. Leur appel restera célèbre : « On n'arrête pas un génocide avec des médecins ».

Human Rights Watch publia à chaud un rapport en mai 1994 : Génocide au Rwanda

Lors de l'opération Turquoise de la France, à la fin du génocide, un clivage se creusa entre les ONG qui acceptaient l'intervention et celles qui s'en méfiaient. Les autres sections nationales de Médecins sans frontières ne partageaient pas toutes l'approche de la section française. Les militaires français, qui comptaient sur les ONG pour « faire de l'humanitaire », déplorèrent leurs réticences. Ces réticences furent partiellement vaincues lorsque le choléra éclata dans les camps de réfugiés et qu'il fallut porter secours aux réfugiés malades. Mais en novembre 1994 Médecins sans frontières quitta à nouveau les camps devant le constat de la mainmise armée des forces génocidaires sur les populations réfugiées au Zaïre.

En 1998 en France des Comités Vérité sur le Rwanda furent initiés pour tenter d'obtenir en vain du parlement qu'il fasse une commission d'enquête sur l'implication de la France au Rwanda au lieu d'une simple Mission d'information.

En 1999, Human Rights Watch et la Fédération internationale des Droits de l'Homme publièrent un rapport commun de 800 pages « Leave None to Tell the Story » traduit « Aucun témoin ne doit survivre » en Français.

En 2004 des ONG constituèrent avec diverses personnalités une Commission d'enquête citoyenne qui déboucha sur un rapport de 600 pages : « L'horreur qui nous prend au visage » et un ouvrage sur la faisabilité de la mise en cause juridique de responsable français devant la justice : « Imprescriptible ».

Les rapports internationaux ^

L'ONU, l'OUA, les parlements belges et français, l'ONG Human Rights Watch et la Commission d'enquête citoyenne française ont fait des rapports approfondis sur le génocide au Rwanda.


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Un militant de Archives de Survie en Alsace a beaucoup contribué à la rédaction de cet article sur le site de Wikipédia, page Génocide au Rwanda et présenté ici sur le site de Archives de Survie en Alsace dans une version de la page d'octobre ou novembre 2005. Elle sera éventuellement modifiée directement ici.

Pour toute observation ou question : Contact Archives de Survie en Alsace