Le Génocide au Rwanda fut le
génocide le plus rapide de l'histoire. Un million de
Rwandais, essentiellement Tutsi, ont été
tués en 100 jours. Ceux qui parmi les Hutu se sont
montrés solidaires des Tutsi ont été
tués comme traîtres à la cause Hutu.
Les Tutsi ont été tués "parcequ'ils
étaient nés". Les
événements de 1994 sont l'aboutissement d'une
longue dérive historique dont le caractère
géncidaire était connu depuis 35 ans.
Contrairement à ce qu'affirment des propagandistes,
ce génocide n'a pas éclaté comme un
coup de tonnerre dans un ciel serein. Le président de
l'associaition Survie était intervenu sur France
2 au journal de 20 heures le 24 janvier 1993, 15 mois avant le
début des massacres de 1994. Voir la vidéo :
"Oui.
Ce qui nous a frappés au Rwanda, c'est à la fois
l'ampleur de ces violations, la systématisation, l'organisation
même de ces massacres. On a parlé d'affrontements
ethniques, mais en réalité il s'agit de beaucoup plus
[...] : c'est une politique organisée que nous avons pu
vérifier[...]on sent que derrière cela il y a un
mécanisme qui se met en route. On a parlé de purification
ethnique, de génocide, de crimes contre l'humanité dans
le rapport que notre commision a établi, et nous insitons
beaucoup sur ces mots" France 2 - janvier 1993
Les articles de la série génocide
au Rwanda permettent de mieux cerner l'autorité initiale de
la royauté d'origine Tutsi qui régnait sur le
pays au moment de l'arrivée des premiers colons allemands,
puis la façon dont les colonisateurs successeurs belges ont
figé une certaine vision de la société
rwandaise, fixant des rapports hiérarchiques
fondés sur des valeurs raciales controversées
aujourd'hui, pour aboutir à la phase de
l'indépendance qui se fait, par un renversement d'alliance,
contre les Tutsi plutôt que contre les colonisateurs. Enfin
ils expliquent le retour armé des exilés Tutsi à partir de 1990 et les
événements qui ont
précédé le génocide de 1994.
Sommaire
Présentation
générale ^
Les
premiers jours ^
Le 6 avril 1994, le deuxième
président du Rwanda, élu après avoir
pris le pouvoir par un coup d'État en 1973, un Hutu,
Juvénal Habyarimana est assassiné lors de
l'explosion de son avion, touché en vol par un missile de
provenance inconnue. L'avion
transportait aussi le président burundais Cyprien
Ntaryamira, qui périt dans l'explosion. Quelques tentatives d'enquêtes ont essayé
de déterminier l'origine de ces missiles. Les
responsabilités dans cet attentat sont
étudiées dans le chapitre les
événements initiaux. Aucune des
hypothèses émises n'a pu être encore
confirmée.
Dès la nuit du 6 avril, cet attentat fut
utilisé comme déclencheur du génocide
planifié au Rwanda. Ce génocide
succéda à une longue série de
massacres dirigés contre les Tutsi depuis 1959. Une campagne
médiatique échauffait les esprits contre les
Tutsi depuis plusieurs mois. Les « médias du
génocide » furent un élément
essentiel de ce qui est apparu et se confirma comme un plan
élaboré par des extrémistes Hutu,
comme l'ont établi plusieurs enquêtes
internationales, les missions parlementaires belges [1] et
françaises [2], de nombreux témoignages de tueurs
et de rescapés, de membres de la Minuar, d'ONG et de
journalistes internationaux. Les Hutu accusent la radio Muhabura du FPR
d'avoir une responsabilité dans cette guerre
médiatique, « même si celui-ci n'a
jamais eu la même consonance ethnique que le langage tenu par
RTLM », la radio des mille colines des
génocidaires comme l'a noté le rapport du
Sénat belge.
Immédiatement la France et la Belgique
évacuèrent leurs ressortissants et ceux des
autres pays occidentaux. Des dignitaires du régime
Habyarimana et leurs familles furent également
évacués par la France, ainsi qu'un orphelinat
protégé par Madame Habyarimana. Certains membres
de ces familles ont été assassinés par
les éléments infiltrés du FPR dont le
lieutenant Gasimba (information à vérifier,
aucune source sur Internet). Les Belges
évacuèrent aussi quelques Tutsi qui
réussirent à les convaincre de les emmener.
Un gouvernement intérimaire est constitué en
quelques jours sous la houlette du colonel Bagosora, qui rapidement se
révèle être l'homme fort de la
situation, après la disparition du président
Juvénal Habyarimana. Très vite le gouvernement
intérimaire s'engage sur deux fronts : d'une part, les FAR,
(Forces Armées Rwandaises), combattent le FPR (Front
Patriotique Rwandais) et d'autre part, les milices Interahamwe,
créées par le président Habyarimana,
exécutent ce qu'elles appellent « le travail
», parfois assitées par les FAR. Des Hutu se
mettent à travers tout le pays à massacrer les
Tutsi ainsi que certains Hutu modérés
(considérés comme « traîtres
»). Ils utilisent essentiellement des machettes, des houes et
des gourdins cloutés.
Cent
jours d'extermination des Tutsi et des Hutu « complices
» sur fond de guerre civile ^
Pendant 3 mois, la Radio
Télévision des Mille Collines encourage et guide
jour après jour l'évolution de ce
génocide, citant nommément, heure
après heure, les Tutsi non encore tués
à tel ou tel endroit. Les massacres atteindront des sommets
dans l'horreur, le nombre de morts par jour (supérieur au
« rendement » des nazis), la
méticulosité (on éventre les femmes
enceintes pour tuer les fœtus), la violence sexuelle, les
tueries internes aux familles mixtes, la volonté de faire
souffrir les victimes, le mépris des morts et le nombre de
tueurs impliqués. Les églises même ne
seront plus une protection et seront des lieux de massacres de masse.
S'ajouteront des destructions de biens, de troupeaux et des pillages.
Dès la première semaine du génocide,
partant du nord du Rwanda, une zone limitrophe de l'Ouganda qu'ils ont
conquise de 1990 à 1993 contre les FAR, les rebelles du FPR
de Paul Kagame, formé majoritairement d'exilés
Tutsi mais aussi de Hutu de l'opposition, occupent leur pays d'origine
pour prendre le pouvoir et faire cesser les massacres
génocidaires. De 1990 à 1993 les FAR, avaient
été formées et
restructurées par l'armée française.
De leur côté les responsables du FPR se sont
appuyés sur l'armée ougandaise, dont certains
étaient officiers depuis que le Président Yoweri
Museveni avait conquis le pouvoir en Ouganda.
Pendant toute la période du
génocide, la MINUAR, Mission des Nations Unies pour
l'assistance au Rwanda, tente d'obtenir un cesser le feu entre le FPR
et les FAR et un arrêt des massacres. Quinze jours
après le début du génocide, l'ONU,
découragée par l'assassinat de dix casques bleus
belges, réduit fortement les effectifs de la MINUAR. Selon
certains témoignages, les autorités du FPR
auraient déclaré que celui qui interviendrait
serait pris pour cible. Sous l'influence déterminante des
États-Unis, l'ONU tarde ensuite à qualifier de
génocide ces massacres. Mais, à partir de mai
1994, devant la gravité de la situation, elle met sur pied
une « MINUAR2 » qui se révéle
dans l'impossibilité d'intervenir immédiatement.
Devant ce retard la France obtient des Nations Unies d'envoyer le 22
juin 1994 l'opération Turquoise, jusqu'au 22 août
1994, date prévue de déploiement de la
« MINUAR2 ». Elle obtient ensuite de
créer, dans le sud-ouest du Rwanda, une « ZHS
», « zone humanitaire sûre »,
le 4 juillet 1994, après quelques accrochages avec le FPR.
Le caractère de zone humanitaire sûre est sujet
à controverse. Environ 15 000 tutsi auraient
été sauvés et les mouvements
génocidaires prétendent que l'armée
française aurait aussi sauvé les Hutus de la
vengeance du FPR. Cette rumeur de vengeance n'a
été constatée que ponctuellement dans
les zones contrôlées par le FPR. Elle fut
très certainement un élément de
propagande pour regrouper les forces génocidaires au
Zaîre, comme cela a été
constaté notamment par Médecins sans
frontières.
Malgré la progression rapide du FPR vers la
capitale, Kigali, qu'il prend le 4 juillet 1994, le génocide
coûtera la vie à près d'un million de
Tutsi et Hutu modérés, auxquels il faut ajouter
les victimes des combats entre les FAR et le FPR). Ensuite les
miliciens Hutu et les FAR battent en retraite au Zaïre,
traversant la ZHS avec les miliciens Interahamwe et entrainant environ
deux millions de réfugiés Hutu. (Le
Zaïre est devenu la République
démocratique du Congo en 1997). Le 19 juillet 1994, un
gouvernement articulé sur les derniers accords d'Arusha,
mais dominé par l'esprit de victoire du FPR, prend les
rênes du Rwanda. Le Président de la
République et le Premier ministre sont des Hutu
modérés. Mais celui qui a conduit le FPR
à la victoire, le général-major Paul
Kagame, vice-président et ministre de la défense,
devient l'homme fort du Rwanda.
Après
le génocide ^
À partir de la deuxième quinzaine
de juillet 1994, le choléra fit son apparition dans les
camps de réfugiés rwandais au Zaïre. Cet
épisode, qui a été fortement
médiatisé, a souvent été
confondu avec le génocide. Il a occupé une grande
part de l'énergie des soldats de l'opération
Turquoise.
La majorité des
réfugiés Hutu sont rentrés par vagues
successives au Rwanda au cours des années suivantes. Une
partie des FAR rentrée au Rwanda a été
réintégrée dans l'APR,
Armée Patriotique Rwandaise, les nouvelles forces
gouvernementale rwandaises. En 1996 des milliers de
réfugiés Hutu, poursuivi dans les
forêts, ont été massacrés,
jusqu'aux enfants, par les forces alliées (armées
du Rwanda, l'APR, et de l'Ouganda, et rebelles Zaïrois). Cette
coalition a renversé le président du
Zaïre Mobutu Sese Seko et porté Laurent
Désiré Kabila à la tête de
la nouvelle République démocratique du Congo en
1997.
Dix ans après le génocide, la
retraite des forces génocidaires au Zaïre constitue
encore un des facteurs clé de l'instabilité de la
République Démocratique du Congo et une menace
permanante pour le Rwanda et le Burundi qui se traduit par des
incursions souvent tragiques sur leurs territoires, et justifient aux
yeux du Rwanda des interventions vivement
dénoncées en RDC. Ces interventions s'inscrivent
dans la première guerre du Congo et la deuxième
guerre du Congo dans laquelle une dizaine de pays africains se sont
impliqués et ont couté la vie à 3
à 4 millions de congolais.
Ces forces dites génocidaires, les FDLR ont
accepté d'être désarmée
début avril 2005 et renter au Rwanda. Si ce
désarmement se confirme le Rwanda n'aura plus de raisons
d'intervenir en RDC.
Les
justices internationales et nationales face au génocide
^
Dix ans après le génocide, le
Rwanda et la communauté internationale, avec le «
TPIR », Tribunal Pénal International pour le
Rwanda et la « compétence universelle »
de certains tribunaux nationaux, restent au prise avec un chantier
judiciaire à la dimension de cette tragédie. Un
jugement a eu lieu en Suisse, un autre en Belgique, un jugement est en
cours en France contre un prêtre rwandais, et des plaintes
ont été déposées en
février 2005 pour « complicité de
génocide et/ou crime contre l'humanité
» devant le tribunal militaire français, contre
des militaires français à identifier et normalement
contre leurs responsables militaires et civils. La pertinence de
ces plaintes contre des militaires français, auxquelles
l'état français oppose la plus grande résistance,
ont été confirmées par la Cour d'Appel de Paris
à deux reprises en 2006. Leur instruction est donc ouverte.
Au Rwanda le 15 janvier 2005, huit mille nouvelles juridictions «
gacaca », (tribunaux populaires chargés de juger
les auteurs présumés du génocide
rwandais de 1994, le mot « gacaca » se prononce
« gatchatcha »), ont entamé la phase
administrative de leur travail. Elles viennent se rajouter aux 750
« gacaca » pilotes mises en place depuis 2001 dans
certaines régions du pays. Les « gacaca
» sont inspirées des anciennes
assemblées villageoises. Elles ont été
créées pour juger tous les
présumés auteurs du génocide
à l'exception des planificateurs et des personnes
accusées de viols qui sont jugés par les
tribunaux conventionnels ou par la juridiction de l'Onu. Le jeudi 10
mars, les premiers procès ont eu lieu à travers
tout le pays. Malgré l'environnement social
défavorable aux rescapés du génocide,
qui demeurent très minoritaires au sein de la population,
les gacaca sont craintes par les anciens Interahamwe. Environ 6000
personnes ont tenté d'échaper à la
justice en fuyant vers le Burundi, et ont été
rapatriées de force en juin 2005 par les
autorités rwandaises et burundaises.
Parralèlement aux plaintes liées au génocide, une
autre plainte a été déposée en
Espagne contre 69 dirigeants du FPR soupçonnés de
complicité et responsabilité dans l'assassinat de
ressortissants civils espagnols. Cette plainte a
été jugée recevable par la juridiction
espagnole le 8 avril 2005. Des négationnistes du génocide
veulent faire de cette plainte espagnole un argument pour justifier la
théorie du double génocide.
La Cour pénale internationale est
compétente pour tous les crimes commis après sa
création le 1er juillet 2002. Elle n'est donc pas
compétente pour juger des crimes commis au Rwanda pendant le
génocide.
Questions
fondamentales ^
Ceux qui cherchent à comprendre le
génocide posent des questions fondamentales, dont certaines
sont exploitées par des négationnistes.
- Le FPR, en prenant les armes, a-t-il
contribué à favoriser une spirale de la violence
qui a conduit à la naissance du plan génocidaire
? * Y avait-il d'autres moyens pour les exilés rwandais de
faire respecter leurs droits dans leur pays ?
- L'entrée armée du FPR au Rwanda
pouvait-elle être une excuse pour ceux qui ont
planifié le génocide ?
- La France pouvait-elle aider militairement,
diplomatiquement et financièrement un régime
ouvertement raciste, utilisant notamment des cartes
d'identité ethnique, comme l'étoile jaune
à l'époque des nazis ?
- L'assassinat du Président
Juvénal Habyarimana était-il
nécessaire pour favoriser le partage du pouvoir ou le retour
des réfugiés ?
- Si la France s'était abstenue de soutenir
le président Habyarimana, puis le gouvernement
intérimaire rwandais, le génocide aurait-il pu
avoir lieu ?
- Les états donnent-ils à temps
à l'ONU les moyens dont les missions de paix ont besoin ?
- La coopération militaire doit-elle
être interdite avec les pays soupçonnés
de violation des Droits de l'Homme ?
- L'ONU pouvait-elle garder un représentant
du Rwanda comme membre élu du conseil de
sécurité pendant qu'elle
réfléchissait aux moyens de contrer les actions
de son gouvernement génocidaire ? * Le génocide
doit-il être un prétexte pour envahir les pays
souverains pour y déloger les génocidaires?
- En cas de suspection de crime de
génocide, faut-il laisser aux états et
à l'ONU le soin de déterminer s'il s'agit d'un
génocide ou serait-il préférable que
ce soit à une instance de juristes internationaux,
indépendants des états et de l'ONU, de le faire ?
- Le Tribunal pénal international pour le
Rwanda et la Cour pénale internationale permettront-ils de
mettre un terme à l'impunité qui règne
dans L'Afrique des grands lacs ?
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