Autres témoignages et documents sur le génocide au Rwanda :


IMPLICATIONS FRANCAISES DURANT LE GENOCIDE :

TEMOIGNAGES DE RESCAPES - RFI SOIR, 30 MARS 2004. REPORTAGE DE CATHERINE NININ (CN)

PROVINCE DE GIKONGORO, MASSACRE DE MURAMBI, NUIT DU 21 AVRIL 1994. 

Immaculée rescapée (témoignage traduit) :

- « Je suis la seule rescapée de toute ma famille. Après le massacre je me suis caché dans un champ de sorgho. J’étais en sous-vêtement, parce qu’on m’avait arraché tous mes habits. J’étais comme folle. Dans ma fuite, je suis arrivée sur une barrière. Là on m’a totalement dévêtue. Heureusement je suis tombé sur quelqu’un qui m’a prêté une jupe. Mais en même temps il a refusé de me cacher. Alors j’ai continué à errer et c’est là que je suis tombée sur une autre barrière, tenue par des militaires français. Ils disaient à tout le monde : « Fuyez ! Fuyez ! ».

CN : - C’était combien de jours après le massacre ?

Immaculée : - A peu près quatre jours ».

CN (voix off) : « Mais que font ces Français à cette époque ? Ils ne sont pas censés être dans la région, ni même au Rwanda. Les militaires français arriveront fin juin, avec l’opération Turquoise. Et pourtant David, un ex-tueur et ex-prisonnier les a aussi rencontrés. C’était quelque temps avant le massacre de Murambi ».

David : - « Avant le massacre de Murambi, je voyais les Français à Gatyazo (?). Ils étaient là, ils patrouillaient sur les routes. Et c’est même eux qui nous ont encadrés quand on a fui vers le Zaïre ».

CN : - Y’avait des soldats français qui étaient déjà là avant le 21 avril ?

- Oui les soldats français étaient bien là avant le massacre de Murambi. Et les Tutsi qui ont été massacrés là-bas s’étaient d’abord réfugiés auprès des soldats français.

CN : « Ces témoignages sont troublants. [...] Il pourrait s’agir d’un commando spécial opérant dans la région. Ce n’est pas improbable puisque par ailleurs j’ai recueilli d’autres témoignages dans la prison de Kigali d’ex-Far, d’ex-Interahamwe qui attestent d’une présence française à cette époque ».

 

Témoignage d’Emmanuel, paysan, tenant une barrière, relaté par CN :

« Le préfet décide de transférer un petit groupe d’enfants rescapés vers Murambi. En passant le barrage, Emmanuel s’adresse au préfet, il lui demande : “Faut-il encore les tuer ?” Et le préfet répond : “Non, nous les gardons vivants pour montrer à la communauté internationale que nous avons sauvé des Tutsi qui se massacraient entre eux.” (NB: ce préfet vit actuellement en France et est sous le coup d’une procédure judiciaire)

 

Lire aussi RFI 7 avril 2004 :

- « Paroles de génocidaires » Monique Mas (Excellent article)


Le site internet du Colonel Hogard * renvoit à cette page en ces termes :

"Le nom du camp de Murambi dans la ZHS ne me disant rien, j’ai été regardé sur Internet et trouvé cet article sur le site de Survie. Edifiant par ce qu’il affiche de liens avoués en matière de désinformation et dont je vous recommande la lecture !" ("Trop c'est trop" site de Hogard)

Murambi ne se trouvant pas dans la zone commandée par Hogard, il est normal qu'il ne le connaisse pas... Il ne devrait pourtant pas ignorer qu'il existe dans l'armée française un corps appelé le COS (Commandement des opérations spéciales) qui est placé sous l'autorité directe du Chef d'Etat Major. A leur niveau, le Colonel Hogard et même peut être le général Lafourcade ont donc très bien pu tout ignorer de l'action de ce COS avant qu'ils n'arrivent sur le terrain. Sans doute est-il difficle d'accepter pour un officier supérieur de ne pas être au courant de tout ce que fait l'armée qu'il sert ?

Maintenant ça c'est l'hypothèse "gentille". L'autre hypothèse serait tout simplement que l'auteur de cet article ment et qu'il savait que des membres du COS avaient opéré dans la zone qu'il commanderait plus tard. L'opération Turquoise était dirigée par des gens qui dépendaient du ministère de la Défense, l'armée officielle en quelque sorte. Les Cos étaient aussi là et visiblement bien avant Turquoise et sont repartis début Août quinze jours avant le départ des forces de Turquoise. Voir l'audition du Colonel Rozier dans les annexes du rapport des députés.

Tous ces témoignages semblent se recouper. Il faudrait aussi voir si d'autres journalistes ou enquêteurs ont perçu les mêmes témoignages.

Quant à la désinformation, nous trouvons ces témoignages sur une radio nationale française, il n'y a aucune raison de les considérer à priori comme une manipulation du FPR, d'autant que le Commission d'enquête citoyenne a filmé des témoignages de ce genre, de même que l'équipe du film "Tuez-les-tous" et que les Rwandais qui ont porté plainte disent des choses analogues. Il n'y a pas de fumée sans feu et c'est à la justice française d'instruire de ce qui relève des plaintes de Rwandais. Ces plaintes ont été jugées recevables par la Cour d'Appel de Paris et à ce que nous savons la justice française ce n'est pas le FPR ! Mais peut être que la paranoïa des services de communication du ministère de la Défense ira jusqu'à accuser les juges français de travailler pour le FPR... nous en sommes bien accusés sans preuve et pour cause...

"Pour le Monde, c'est relativement nouveau. Et grave. Car ce journal avait jusqu'à présent sur ce sujet, une toute autre attitude, nettement plus conforme aux principes élémentaires de déontologie et d'honneteté ! Faut-il en déduire que le départ du journal de l'excellent africaniste Stephen Smith est à l'origine de ce changement radical ?" ("Trop c'est trop" site de Hogard)

Pour nous le départ de Stephen Smith du journal Le Monde est un signe de progrès dans la qualité de l'information de ce journal. Car Stephen Smith a beaucoup menti et instrumentalisé Le Monde au profit de l'armée française, notamment en ce qui concerne le Rwanda. Jean-Paul Gouteux a d'ailleurs gagné une série de procédures judiciaires contre Le Monde et Jean-Marie Colombani, son directeur, qu'il accuse d'être un honorable correspondant des services français, et la justice a reconnu à trois reprises sa bonne foi la-dessus. Ce n'était pas un signe d'objectivité. L'armée ment beaucoup. Cela fait partie de son entrainement à la guerre psychologique, qu'elle poursuit hélas contre l'honnêteté des citoyens français.

*Le Colonel Jacques Hogard commandait l'une des trois zones de l'opération Turquoise, celle de la région de Cyangugu au sud-ouest du Rwanda, dans laquelle se trouvait le camp de réfugiés Tutsi de Nyarushishi, curieusement épargnés par les génocidaires (une exception notoire), jusqu'à l'arrivée de Turquoise.