1994 - 2007

Rwanda 2007 à Strasbourg


 7 avril 2007 

Eglise Saint-Matthieu, 97 bd d’Anvers, Strasbourg

Rwanda, un cri d'un silence Inouï
Un documentaire poignant d'Anne Lainé
Rappel du programme
Les autres commémorations
Petit à petit la salle de l'église s'est remplie. Beaucoup de Rwandais bien sûr, mais aussi d'autres africains, des paroissiens et d'autres citoyens ou étrangers de Strasbourg, dont le président d'Alsace-Arménie puis  la présidente des Juifs libéraux de Strasbourg.

Environ quatre vingt personnes se sont recueillies, ont écouté des rappels des événements, des témoignages, des textes, regardé le film émouvant d'Anne Lainé, parlé de ce film et de ce dont il témoigne, puis écouté un panorama de la situation au Darfour évoqué par le tchadien-strabourgeois Jean-Prosper Boulada.

Tous ceux qui le souhaitaient ont pu écrire sur une grande carte du Rwanda leurs morts, ceux de leurs amis puis allumer une bougie, disposée autour de la carte.

Le Docteur Wolfgang Blam, d'Offenburg, était à Kibuye à l'ouest du Rwanda avec son épouse rwandaise et leur fils qui venait de naître, en avril et mai 1994. Il a rappelé  que cette région était pourtant éloignée du contexte de guerre civile de cette période si souvent invoqué comme prétexte négationniste. Il a décrit à travers l'exemple de cette région le mode opérationnel du génocide, l'organisation de ses étapes et la rapidité de son exécution, puis les tentatives des autorités pour rétablir la normalité. Il a illustré ces différentes étapes de l'accomplissement du génocide par des extraits de son témoignage que l'historien Jean-Pierre Chrétien, directeur émérite au CNRS, a repris dans son livre "l'ethnisme" où il analyse l'histoire idéologique de ce génocide.

Le représentant de l'Arménie a rappelé avec gravité, le long devoir de mémoire, la solidarité entre victimes de génocides, la lutte contre le négationnisme, la nécessité d'écrire les faits pour qu'on se souvienne, l'appel aux Rwandais à participer tous les 24 avril à la commémoration annuelle et persévérante du génocide arménien, place de la République à Strasbourg.

La représentante juive a évoqué de façon touchante son enfance et son éducation au "plus jamais ça", puis sa faible information en 1994 sur ce qui se passait au Rwanda et exprimé honnêtement son impuissance, le devoir de mémoire et de solidarité, l'appel à la vigilance sur ce qui se passe au Darfour.

Immaculée Cattier Mpinganzima a témoigné comment elle a fuit le Rwanda en 1992 après avoir été emprisonnée, puis comment elle a vécu ce génocide depuis Strasbourg, alors qu'une grande partie de sa famille et de ses amis se faisaient massacrés. Elle a évoqué le soutien de ses amis français, européens et africains dans son désespoir, les difficultés ensuite pour rétablir le lien avec les enfants rescapés dispersés. Elle a souligné les incompréhensions et les duretés de l'administration et du pouvoir politique français pour faire venir ces enfants, puis les chemins illégaux qu'elle a pris pour faire venir malgré tout les plus jeunes. Elle a aussi évoqué l'interrogation de beaucoup de rescapés : pourquoi suis-je vivante et comment la réponse vint de ces enfants orphelins et du souhait de sa propre mère, violée et massacrée dès le 7 avril au nord-ouest du Rwanda, qu'il y ait quelque part une graine d'elle même qui continue la vie.

Le débat qui a suivi la projection du film d'Anne Lainé, a tourné autour des traumatismes des rescapés, du respect des victimes par les cinéastes, de la cohabitation des victimes et des tueurs, de l'insécurité des rescapés, de la justice du génocide et du problème des prisons. L'évocation des devoirs de réparation des occidentaux et notamment de la France, dont Anne Lainé et Georges Kapler, le producteur, s'étonnent qu'il n'éveille pas plus d'intérêt de la part des citoyens français a ensuite été abordé. Ils ont aussi souligné le décalage entre les grilles d'analyse des grandes ONG, parfois influencées par des courants négationnistes, et les situations particulières dues à un génocide.

EC, 8 avril 2006