Les curieux conseils révisionnistes de l'International Crisis Group

" Au Bureau du Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda

3. Mettre un arrêt immédiat à l?émission de nouveaux actes d?accusation sur les dossiers de génocide et réorienter l?ensemble des services d?enquête vers la préparation finale des actes d?accusation existants de façon à ce qu?ils soient tous prêts pour les procès à la fin 2004, date initialement fixée pour l?achèvement des enquêtes. "

Telle est la recommandation N° 3 de l'ICG [1] au nouveau procureur du TPIR [1]. Cette volonté d'écarter les crimes de génocide des orientations nouvelles du TPIR a vraiment de quoi faire sourire... Plus c'est gros plus ça passe ! Lire le texte de l'ICG format pdf, communiqué par le siège de Survie qui l'avait téléchargé.[ 3]

Quand on lit en détail on s'aperçoit qu'on veut mettre toute la vapeur sur les crimes de l'APR [1] (recommandation N° 5) et laisser dans l'ombre ce pauvre petit génocide, pourtant qualifié lors d'une exposition patronnée par le sénat français "d'un des plus grands génocides civils de l'histoire de l'humanité". (Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce génocide "civil" a été bien encadré par des militaires et des politiques.)

Vouloir mettre sur le même plan un génocide d'une telle puissance destructrice [2] et d'odieux crimes de guerre (tous les crimes de guerre sont odieux), relève d'une mauvaise foi caractérisée et d'une inconscience politique grave. Tous les pays, en particulier la France, ont sur la conscience de telles crimes impunis. Ils doivent être jugés, c'est incontestable. Mais pas de banalisation du génocide, c'est une insulte à la mémoire des victimes et à celle de l'humanité.

Le TPIR [1] n'a pas été créé à cause des crimes de guerre de l'APR [1] , mais à cause du génocide commis par les FAR [1] , les milices interahamwe, le gouvernement intérimaire rwandais avec la complicité de la France et de l'ONU, dont elle est un membre éminent. De nombreux pouvoirs en Occident continuent de nier ce génocide ou de le minimiser. C'est vraiment grave. La définition du TPIR avait déjà préparé une possibilité de négationniste en espérant faire glisser les opinions vers la théorie du "double génocide".

Certes on doit regretter le mauvais fonctionnement du TPIR. Il est à l'image du cafouillage international qui n'a pas su arrêter le génocide. C'est un immense gachis financier qui fait plaisir à tous les négationnistes, ceux qui continuent le génocide dans les esprits. Et l'ICG a beau jeu de conseiller des mesures efficaces. Mais les conseilleurs ne font-ils pas partie de ceux qui, comme la diplomatie française, cherchent à éviter l'efficacité du système judiciaire international. Certains le combattent ouvertement comme les USA, d'autres plus sournoisement en pondant , comme la France l'article 124 de la CPI (Cour Pénale Internationale).

Si la France est aussi compromise que nous le pensons dans le génocide au Rwanda, elle devrait aussi entrer dans le champ de l'enquête du TPIR, au même titre que les FAR et l'APR. Ainsi l'ICG se montrerait vraiment objective ! Puissent les deux administratrices françaises de l'ICG, Christine Okrent et Simone Veil, faire preuve de toute leur clairvoyance dans cette obscurité de la pensée humaine contemporaine... On peut en effet s'étonner qu'elles soient compromises ainsi dans les ornières du négationniste du génocide des Batutsi au Rwanda, par le truchement d'un engagement associatif...

Les leçons d'Auswitch n'étaient-elles pas suffisamment sévères pour alerter les consciences ? N'oublions pas qu'il a fallu plusieurs décénies pour que les Juifs s'expriment pleinement sur ce défi à la conscience. les Batutsi ne sont pas différents des Juifs. Ils souffrent autant et mettront autant de temps à faire valoir leur histoire inhumaine à tous les esprits indifférents de la terre.

SURVIE 67 met en garde contre cette ONG, visiblement cossue et manipulatrice, au service évident de l'entêtement anesthésiant de la diplomatie française au Rwanda. 6 octobre 2003

Site de l'ICG ("ICG est financé par des gouvernements, des fondations caritatives, des sociétés et des donateurs privés. Les pays dont les gouvernements versent à ce jour des fonds sont: l?Allemagne, l?Australie, l'Autriche, le Canada, le Danemark, les Etats-Unis, la Finlande, la France, l?Irlande, le Japon, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, la République de Chine (Taiwan), le Royaume Uni, la Suède, la Suisse et la Turquie

Les fondations et donateurs du secteur privé regroupent: The Atlantic Philanthropies, la Carnegie Corporation of New York, la Fondation Ford la Fondation Bill et Melinda Gates, la Fondation William et Flora Hewlett, la Fondation Henry Luce, Inc., la Fondation John D. et Catherine T. MacArthur, le Fonds John Merck, la Fondation Charles Stewart Mott, l?Open Society Institute, le Fonds Ploughshares, le Sigrid Rausing Trust, la Fondation pour la Paix Sasakawa, la Sarlo Foundation of the Jewish Community Endowment Fund, et enfin le United States Institute of Peace. ")

[1]
FAR : Force Armées Rwandaises du régime d'Habyarimana, jusqu'à la fin du génocide de 1994
APR : Armée Patriotique Rwandaise, force militaire du pouvoir actuel de Kigali qui a battu les FAR (et l'armée française très engagée pendant 4 ans au côté des FAR jusqu'à l'opération Turquoise) et mis fin au génocide. Beaucoup d'anciens militaires des FAR ont été intégrés à l'APR, devenue l'armée du Rwanda, d'autres errent encore, avec d'anciens miliciens rwandais("Interahamwe"), dans les pays limitrophes, ... mercenaires qui rêvent de rétablir l'ancien régime génocidaire en se mettant au service des armées ou des groupes rebelles de ces pays.
TPIR Tribunal Pénal International pour le Rwanda

ICG International Crisis Group

[2] Environ 10 fois Hiroshima ou Nagasaki, 30 fois Dresde... ces milliers de victimes de crimes de guerre dont les auteurs occidentaux n'ont jamais été jugés... notamment à Nuremberg Retour au texte

[3](le 7 octobre 2003 la page en français où l'on peut charger ce document pdf n'est plus accessible http://www.crisisweb.org/projects/showreport.cfm?reportid=1132 - la même page en Anglais où le document n'est plus accessibble non plus, mais seulement résumé. Le 25 octobre nous constatons que la page est désormais blanche). On peut aussi remarquer que le site en Anglais mentionne le Rwanda dans les pays "objets" de l'ICG , mais pas la version française, alors que rapport est en Français ! Bref il conviendrait que l 'ICG rétablisse la cohérence de son site. Peut être est-ce plus grave et reflète un disfonctionnement interne ?