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lundi 8 avril 2002, 17h04
Vincent Riou
©Digipresse 2002

 

Hommage aux victimes de la Françafrique

. Hier, sur l'esplanade des droits de l'Homme, place du Trocadéro, l'association Survie organisait un rassemblement "au nom des victimes innombrables de la criminalité coloniale et néocoloniale". Le 7 avril 1994, il y a huit ans jour pour jour, un génocide annoncé commençait au Rwanda. La France soutenait le gouvernement intérimaire (GIR) qui l'a mis en exécution. Bilan : un million de morts.

C'est en souvenir de toutes les victimes de la Françafrique que ce rassemblement était organisé. Rwandaises, bien sûr, mais aussi algériennes, camerounaises, togolaises, nigérianes, comoriennes, congolaises, ou malgaches... Des Malgaches qui étaient venu en nombre manifester leur désarroi face à la situation dans leur pays, où 3 mois après les élections, le président sortant Ratsiraka n'a toujours pas capitulé, malgré un soutien populaire massif et non violent à son challenger Ravalomanana, dont la victoire au premier tour ne faisait aucun doute selon l'avis de nombreux observateurs. Une banderole qualifiait Ratsiraka de "Milosevic de l'Océan Indien", une autre sensibilisait l'opinion publique des conséquences de cette situation explosive sur la "Grande Ile" ("Vite, Malgaches en danger"). Une dernière appelait l'Etat Français à réagir ("Reconnaissance de la France : Ravalomanana président de tous les Malgaches").
Quelques Comoriens brandissaient une affiche tout aussi dénonciatrice de la politique française : "Non aux manoeuvres de déstabilisation de la France aux Comores". De leur côté, des ressortissants de Mayotte dénonçaient une "annexion par la France". Tout cela pour bien montrer que la Françafrique n'appartient pas qu'au passé... "Le peuple français devrait s'inquiéter de ce que l'on fait en son nom en Afrique. Mais pour cela il faudrait avoir une véritable information" a déclaré Odile Biyidi, la veuve de l'écrivain camerounais Mongo Béti, décédé l'an dernier. Pour remédier à cette carence d'information, la manifestation offrait une tribune à de nombreux intervenants. Ainsi, comme vous le verrez dans la vidéo, le fils du leader indépendantiste assassiné Ruben Um Nyobé, Daniel, a rappelé au public les massacres commis par l'armée française au Cameroun, dans la foulée de la guerre d'Indochine. La politique de terreur menée dans les années 50 contre les militants de l'UPC (Union des Populations Camerounaises) a finalement abouti à une tentative de génocide de l'ethnie Bamiléké, complètement occultée dans nos livres d'histoire...
Paul Sankara est venu pour sa part raconter au public comment son frère Thomas, le père de la révolution burkinabé, a été assassiné en 1987, alors qu'il était en train de prouver à l'Afrique tout entière qu'un chef d'Etat africain pouvait être progressiste et intègre. M. Sankara a conclu son intervention par une citation de Norbert Zongo, directeur du journal l'Indépendant, assassiné lui aussi en 1998 : "le pire n'est pas la méchanceté des gens mauvais, mais c'est le silence des gens biens".
"Dire le passé et espérer l'avenir", c'était bien le but de ce rassemblement. Des témoignages, mais aussi des textes affichés permettaient au public, composé de militants des droits de l'Homme et de badauds curieux, d'en savoir plus sur "un siècle de crimes". Les militants de Survie, aidés par des passants solidaires, ont par ailleurs lutté contre le vent violent tout l'après midi pour allumer des centaines de lumignons à la mémoire de toutes les victimes innocentes.
Une vraie coopération suppose que la corruption et le mépris des peuples africains laisse place au respect de leur histoire, de leur culture et de leurs choix politiques" peut-on lire sur les tracts distribués par l'association Survie. Si vous avez raté ce rassemblement, sâchez que le 13 avril prochain aura lieu à 16h, Place du Châtelet, une manifestation en souvenir des victimes du génocide rwandais. Tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans l'"arrogance" de la France, l'"indifférence face aux dégâts" produits par son appétit irresponsable, et "l'hypocrisie moralisatrice d'une réalité anormale", sont cordialement invités à s'y rendre. Quant aux candidats à la présidentielle, il n'est pas trop tard pour qu'ils fassent des relations franco-africaines un thème de campagne... http://www.globenet.org/survie/