A l'intention de " SURVIE "
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Déclaration
d'Olivier Besancenot, 27 ans , facteur, candidat à l'élection présidentielle,
pour la commémoration du génocide rwandais, le 7 avril 2002 place des
Droits de l'Homme au Trocadéro à Paris
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. Avril 1994. Je venais d'avoir 20 ans quand commençait le génocide au Rwanda. Comme la majorité des jeunes de ma génération, j'avais appris de nos aînés, qui nous en avaient transmis la mémoire, la terrible leçon du génocide des juifs perpétré par la barbarie nazie. Tous nous avions la conviction que le devoir de mémoire maintiendrait la vigilance, pour que, plus jamais, ça ne se reproduise. Il fallut se rendre à l'évidence, la vigilance avait été prise en défaut. Sur un autre continent, plus d'un million de femmes et d'hommes tombaient victimes d'une extermination planifiée par un régime totalitaire. Nous avons alors découvert la responsabilité de l'État Français qui, avant, pendant, et après le génocide, apporta son soutien diplomatique, militaire et financier à ceux qui le commettaient. Nous avons compris que les mêmes causes pouvant provoquer les mêmes effets, rien n'empéchait sa répétition. L'appétit de richesses, le mépris pour le sort des peuples, la destruction des services publics, l'accumulation d'une dette plongeant les peuples africains dans la pauvreté, fournissent le terreau sur lequel prolifèrent des régimes prêts à tout pour sauvegarder leur pouvoir et leurs privilèges. Puis nous avons retrouvé le même poison du racisme, la même manipulation des appartenances ethniques, lors des guerres civiles dans les deux Congo, en Côte d'Ivoire et ailleurs. Retrouvé aussi la même connivence entre ces régimes et leurs protecteurs, les dirigeants politiques et les grandes multinationales qui siègent ici, en France. Nous nous sommes remémoré la longue litanie des massacres coloniaux et post-coloniaux commis par une France impériale, et qui jalonnèrent les luttes de libération des peuples comme au Cameroun, à Madagascar, en Algérie. Le Rwanda aurait dû ouvrir les yeux de ceux qui, en France, poursuivent depuis 40 ans une politique de domination en Afrique, sur le plan économique, militaire, politique, culturel. Il n'en a rien été. Le système de domination néo-colonial mis en place par De Gaulle est perpétué jusqu'à aujourd'hui par ses héritiers : pillage des ressources africaines, soutien aux pires dictatures, corruption ici et là-bas, vente d'armes alimentant des guerres sans fin. La gauche au gouvernement n'a rien changé, oubliant vite sa promesse de faire l'inventaire de la politique d'un Mitterrand, qui restera dans l'histoire le complice d'un régime rwandais qui commit l'innommable. Depuis 5 ans, aucun travail sérieux de mémoire, de vérité et de justice n'a été engagé, le Parlement n'a produit qu'une mission d'information dédouanant l'état français de toute responsabilité. Contrairement à la plupart des responsables étrangers de passage au Rwanda, le ministre français des Affaires Etrangères, l'été dernier, a refusé de se recueillir sur les sites commémorant le génocide. Et tous les régimes qui, au lieu de servir leurs peuples, servent d'abord les intérêts de TotalFinaElf ou de Bolloré, et qui pratiquent la fraude électorale à grande échelle, bénéficient toujours de la bienveillance de l'Elysée comme de celle de Matignon. L'espoir renaît pourtant. A Seattle, à Gênes, à Porto Alegre, s'affirme un formidable mouvement de résistance contre la mondialisation capitaliste et l'oppression des peuples. La jeunesse est à la pointe de ce combat. Un mouvement qui ne doit pas oublier que la lutte contre la mondialisation libérale, quand elle se mène à Paris, passe par une remise en cause de la politique de la France et par la solidarité avec les peuples africains. Un mouvement qui s'étend au continent africain, dans les rassemblements, du Sénégal à l'Afrique du Sud ou au Zimbabwe, contre la dette, les guerres, pour la démocratie. La nouvelle génération, en Afrique et en France, se doit de reprendre les combats de ceux qui nous ont précédés, de ceux qui le payèrent de leurs vies, comme Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Steve Biko, et des millions d'anonymes. Dans cette élection présidentielle, j'essaie de faire entendre une voix différente, au milieu du silence consensuel qui entoure la politique africaine de la France. Je défends la nécessité impérieuse de mettre fin à cette politique de domination. Avec vous, je m'engage à transmettre à la nouvelle génération la mémoire du génocide rwandais. Comme le dit justement l'appel qui nous rassemble aujourd'hui, le champ de l'action politique est inséparable du combat pour la vie et l'humanité, ce sont un seul et même terrain de reconstruction de nos combats, tous ensemble. Nous garderons la mémoire du passé pour construire un avenir de justice, d'égalité et de solidarité. Nos vies valent plus que leurs profits. |
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Le 7 avril 2002, Olivier Besancenot, 27 ans, facteur,
candidat de la LCR-" 100 % à gauche " à l'élection présidentielle.
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