Stephen Smith

et les élections rwandaises.

 

    

     Dans LE MONDE du 6 Novembre 2003 (lemonde.fr), deux journalistes, Stephen Smith et Jean-Philippe Rémy, viennent de signer, sur les récentes élections rwandaises, une « analyse » où la mauvaise foi le dispute à l’incohérence.   

 

    Au sein de la cohorte des journalistes hostiles au Rwanda Stephen Smith n’est pas seulement le plus talentueux ; il est aussi le plus persévérant. Depuis le quotidien LIBERATION, aux années du génocide des Tutsis, jusqu’à aujourd’hui dans LE  MONDE, il est attaché au Rwanda comme une machine infernale déterminée à le broyer. Stephen Smith  mène sa besogne avec un zèle et une persévérance quasi religieuse. Comme il y a des vocations pour faire le bien, il semble qu’il y ait des vocations pour faire le mal. Et comme certains ordres religieux se spécialisaient pour tel ou tel pays de mission , Stephen Smith a choisi l’Afrique et surtout le Rwanda pour exercer son apostolat dévoyé.

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  Pour décocher ses traits sur le pays de sa haine, il n’y a pas si longtemps que Stephen Smith fait attelage avec Jean-Philippe Rémy, l’envoyé du MONDE à Nairobi, censé connaître le Rwanda. Il y a manifestement répartition des rôles, l’un pour le fait-prétexte, l’autre pour le (res)sentiment. Comme au confluent des rivières on peut suivre les eaux d’un affluent par leur couleur, on peut reconnaître dans un texte la part de chacun des deux compères.                                                                                       

  La tactique de l’attelage est familière à Stephen Smith depuis qu’il est indésirable au Rwanda et qu’il a fini par avoir honte de mentir seul sur un pays qu’il ne fréquente plus et de porter seul le poids de la calomnie. Dans ESPRIT déjà (en août-septembre 2000), pour accuser des pires crimes le Rwanda et ses dirigeants, il se faisait flanquer d’un humanitaire (Rony Braumann) qui a écrit un petit livre sur le génocide des Tutsis et d’une sociologue (Claudine Vidal), ancienne spécialiste du Rwanda, récemment recyclée en Egérie de Faustin Twagiramungu, le « candidat malheureux » (comme on dit) à la présidence de la république rwandaise.

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  Jean-Philippe Rémy, que l’on sache, a suivi les élections rwandaises à partir de Nairobi. Mais on peut dire que ses articles très critiques n’avaient pas la hargne de Stephen Smith. On y remarquait même, à la différence de bien d’autres correspondants étrangers, un effort de compréhension du projet politique  rwandais : rester une nation formée de citoyens égaux et non un agrégat d’ethnies inégales. Quant à Stephen Smith, il y a bien longtemps qu’il n’a pas mis les pieds au Rwanda. La dernière fois qu’il est venu au Rwanda, il s’est interessé un peu au sort de Pasteur Bizimungu  et beaucoup à l’éruption du volcan Nyiragongo. Loin d’être « mécanique » « l’anathème rwandais » était revenu sur la décision de lui refuser un visa et lui avait facilité un tête-à-tête avec l’ancien président de la république. Mais, en Afrique ou pas, cela n’a pas empêché Stephen Smith de s’acharner sur le Rwanda, niant contre toute évidence les gestes politiques du Rwanda dans la région, comme l’accord de Prétoria, en juillet 2002, entre Kagame et Kabila, que Stephen Smith appelait « un poker menteur » et qui est devenu une réalité.                                                                         

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   Selon Stephen Smith  – fasciné par l’ethnie comme ses congénères – le dépassement de l’ethnisme par la voie démocratique serait un miracle au Rwanda. Et aveugles seraient ceux qui y croiraient. « Le miracle n’est que mensonge ». Injuste et surtout infondée, la thèse de l’aveuglement volontaire sur les affaires rwandaises ne repose que sur une affirmation éculée : le complexe de culpabilité supposé de la communauté internationale à l’égard du Rwanda.

  Il n’y a pas aveuglement ; un observateur de bonne foi constate le courage et la créativité des Rwandais, après le génocide,  pour gérer une situation apparemment impossible ( « a seemingly impossible task », The Economist du 30.8.03) et, après les élections de cette année, des avancées démocratiques exemplaires: la parité des femmes aux postes de décision ( le Rwanda vient désormais en tête dans le monde), la concertation permanente institutionnalisée au lieu  de courir à la métropole coloniale quand la maison brûle, la promotion des jeunes et des handicapés, et j’en passe. Aveugle volontaire, Stephen Smith n’a rien vu de tout ça !

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« Les scrutins au Rwanda n’ont pas été plus équitables que les élections en Tchétchénie ou en Azerbaïdjan ». La plupart des témoins ont dit le contraire. Smith, qui n’était pas au Rwanda et probablement pas en Tchétchénie ou en Azerbaïdjan, fait son choix sur la foi de l’ouï-dire,  pourvu que l’ouï-dire stimule son ressentiment. Par un scrupule « patriotique » Stephen Smith  préfère comparer le scrutin rwandais au scrutin soviétique, au lieu de le comparer au scrutin français d’avril 2002, quand Chirac obtenait 82% des voix dans un scrutin sans enjeu existentiel.   

     L’idéologie de Le Pen véhiculait le racisme et l’exclusion ; les Français se sont coalisés pour lui barrer la route. L’idéologie du Parméhutu véhicule l’ethnisme, une forme de racisme qui a mené au génocide et menace l’existence même de la nation rwandaise. Stephen Smith ne veut pas croire que les Rwandais se soient coalisés pour lui barrer la route. Il  est vrai que, comme disait François Mitterrand, « dans ces pays-là un génocide ce n’est pas trop important »! Il est tout aussi vrai que les Rwandais, privés des lumières de Stephen Smith, sont aveugles et incapables de voir où est leur intérêt, où est leur salut. Ils sont juste capables d’organiser « le sacre électoral de la peur ». Il est subtil, il est rance, il est ancien, il est profond le racisme de Stephen Smith.                                                      

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   Et si les vraies racines de la peur rwandaise étaient où Stephen Smith ne les soupçonne pas ! Et si les vraies racines de la peur rwandaise étaient les mêmes que celles, mal éradiquées, du génocide (le génocide où Stephen Smith ne voit qu’une rente de situation  pour ceux qui en furent les cibles et les victimes). Et si les vraies racines de la peur rwandaise étaient cet intellectualisme d’enfants gâtés d’Europe qui flirtent avec les génocidaires d’hier ou avec ceux qui portent encore haut l’étendard de l’idéologie qui a mené à chasser les Tutsis du Rwanda d’abord, à entreprendre de les exterminer ensuite !  Et si la vraie peur des Rwandais, qui les a suivis jusqu’au fond des isoloirs et les a fait voter comme ils ont voté, en masse, pour Paul Kagame qui a arrêté le génocide, était la peur de cette insistance à défendre l’idéologie parméhutu par ceux-là mêmes qui ont envoyé une armée, en 1990, pour barrer la route de leur pays aux exilés tutsis!

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   Stephen Smith cite un électeur hutu qui appelle  Kagame « notre père et notre chef » et qui a peur de parler à un journaliste ; un autre aurait été forcé de voter pour Kagame. Laisssons tomber l’incohérence du propos qui signifierait qu’il fallait se cacher pour voter pour Kagame, le père et le chef. A supposer même que ce soit vrai quelle valeur ont ces deux témoignages sur le vote de quatre millions d’électeurs? Stephen Smith se garde bien de dire au lecteur que  les deux journaux britanniques qu’il cite étaient représentés par un seul journaliste, James Astill. Les juristes cartésiens nous avaient enseigné qu’un témoin unique est sans valeur ( Testis unus, testis nullus). Ne chicanons pas. Si Smith était honnête il citerait d’autres témoins qui ont vu dans les élections rwandaises une remarquable percée démocratique. Il citerait, par exemple, Victoria Brittain, qui écrit également dans THE GUARDIAN comme James Astill, et qui trouve que « cette première élection multipartite depuis l’indépendance du pays a été exemplaire à plusieurs égards » et qu’« il est indéniable que la victoire de Kagame s’explique surtout par le bilan de son action au pouvoir ».  Brittain n’appartient pas, manifestement, à la camarilla médiatique pour laquelle l’explication ultime des choses se trouve dans l’appartenace ethnique.Victoria Brittain est chercheur associé à la fameuse « London School of Economics ».                                         

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   C’est à bon escient que Stephen Smith choisit James Astill, même en l’expurgeant de tout ce qui pourrait gêner ses idées préétablies. Stephen Smith  sait certainement que James Astill, avant de venir au Rwanda suivre la campagne pour l’élection présidentielle, a pris sur lui de répandre urbi et orbi que tout ce qui est mort en République Démocratique du Congo (RDC) depuis 1996 est mort du fait de la présence de l’armée rwandaise en ce pays : le militaire tué sur le champ de bataille, l’octogénaire qui s’est éteint  dans son lit, le pêcheur qui s’est noyé dans une rivière à crocodiles, les morts du sida et du paludisme, etc. . L’International Rescue Committee (IRC) aurait recensé, en gros, 3 millions de morts en RDC  durant la période. James Astill s’est chargé de vendre au détail ces 3 millions à l’opinion pour salir le Rwanda. Stephen Smith sait choisir ses compagnons et ses témoins. Disons en passant que James Astill a suivi toute la campagne présidentielle au Rwanda, déjouant, on ne sait comment, l’«anathème mécanique » du FPR ! Tout au long de cet article, qui est en outre une mauvaise action, la tactique choisie délibérément par Stephen Smith est de cacher au lecteur toute information, toute opinion qui pourrait réduire à néant la crédibilité des auteurs du libelle.

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  « Cependant, les 350  observateurs internationaux ont été frappés de cécité volontaire », selon Stephen Smith ; car, présents sur le terrain, ils  n’ont pas vu ce que Smith a vu de Paris et Rémy de Nairobi ! « Ils ont (dans l’ensemble) validé le scrutin comme la libre expression de la volonté populaire ». On aura remarqué que des 2000 observateurs Stephen Smith ne retient que les 350 internationaux qui seuls comptent à ses yeux. « Tous les animaux sont égaux ; mais certains  sont plus égaux que les autres », disait le vieux Orwell. Le lecteur jugera et choisira entre le simple bon sens et l’outrecuidance des deux compères. « Dans ces conditions, écrivent-ils, les résultats des élections du Rwanda » ne fournissent aucune « indication sur le recul de la haine ».  Stephen Smith refuse l’indication qui crève les yeux : Kagame n’a pas pu être élu par la seule minorité tutsie. Mais pour le porte-parole français de l’ethnisme rwandais, il n’a pas pu être élu par des Hutus ! Ce serait un miracle ! Des Bretons peuvent bien voter pour Chirac, de même que des Alsaciens, sans qu’on crie au miracle. Au Rwanda (en Afrique) ce serait un miracle : le Rwanda est sans doute trop loin de Lourdes. Le miracle n’y est que mensonge. Il faut donc biaiser et imaginer une explication. Et Stephen Smith de s’engager dans une rhétorique du forcing.  De quel côté se trouve la cécité volontaire ?

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« Observateur de l’élection présidentielle au Rwanda», un député britannique aurait déclaré, si on comprend bien, avoir observé les élections avec indulgence. Mais un autre député britannique, observant le calme et la sérénité des Rwandais devant les bureaux de vote, a estimé que les Rwandais n’avaient rien à apprendre de personne et que les observateurs étaient inutiles. Passons sur l’art consommé de trier les témoignages. Mais Stephen Smith et ses maîtres  - qui n’ont jamais dénoncé « l’ethnie – fond de commerce »  et en sont au contraire les apologistes - répètent ce propos éculé du « génocide- moyen de chantage ». Stephen Smith, pour faire plus mal, appelle, depuis 1994, le Rwanda le « pays des mille fosses communes » et il tient apparemment à sa sinistre trouvaille : il la ressert à ses lecteurs dans tous ses écrits sur le Rwanda. En quittant LIBERATION, Stephen Smith a apporté son cynisme dans sa corbeille de noces avec LE  MONDE.

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    Alison des Forges, qu’elle soit « vilipendée comme apologiste du génocide », Stephen Smith serait bien en peine d’en fournir la moindre preuve. Et pour cause : ce n’est qu’un mensonge de plus. Par contre, Alison des Forges a été fort critiquée au Rwanda pour sa défense illogique du MDR-Parméhutu dont  l’idéologie ethniste a mené au génocide et qu’Alison des Forges a contribué à mettre à nu dans un « ouvrage de référence sur l’holocauste au Rwanda».

     Alison des Forges, au demeurant, est une autorité dans les affaires rwandaises.A tel point que des journalistes comme James Astill du GUARDIAN – dont Stephen Smith apprécie tant l’opinion - bien que se trouvant à Kigali, mais, il est vrai, dans un pays dont il ne connaissent ni les mœurs ni la langue – se sont contentés de citer les rapports de Human Rights Watch  auxquels l’autorité  d’Alison des Forges confère l’aura de l’expertise. Alison des Forges, la chasseresse implacable des suspects du génocide tapis dans tous les coins du monde, exerce un charme irrésistible, elle qui entraîne  après elle aujourd’hui un troupeau de moutons de Panurge qui se veulent les leaders de l’opinion occidentale.

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   « Comment expliquer.. l’absence de « franches condamnations » du scrutin rwandais ? Comment expliquer les « applaudissements gênés » des chancelleries occidentales ? « Comment expliquer le silence des intellectuels, des ONG et des organisations de défense des droits de l’homme » ? Ces cris d’embarras d’un homme engagé dans l’impasse, pour avoir ignoré et méprisé les faits, trahissent, en outre, un mépris orgueilleux pour le reste du monde. Comment expliquer ? Tout simplement : les observateurs ne partagent pas les préjugés et l’aveuglement de Stephen Smith, ni sa haine pour le Rwanda.

      Stephen Smith serait le héros qui a rompu l’ « unanimité du silence ». Mais cet héroïsme est imaginaire, aussi imaginaire que le silence qui couvrirait le Rwanda.  « L’unanimité du silence » se trouverait plutôt dans la rédaction du journal LE MONDE qui a laissé passer cette mauvaise action. A-t-on entendu au sein de la rédaction du MONDE ou parmi ses paroissiens    une seule voix s’élever contre les fantasmagories de Stephen Smith ? On attend toujours la réaction de ceux qui s’y expriment souvent, y philosophent, y tiennent forum, y cherchent reconnaissance ou notoriété.                                                                                                                        

    « Unanimité du silence » ou « cécité volontaire » ? Il suffirait  de lire les écrits de Stephen Smith sur le Rwanda depuis 1994. L’«unanimité du silence » autour du Rwanda est si imaginaire qu’il ne se passe pas trois mois, sinon moins, sans un libelle contre le Rwanda, sans compter le harcèlement quasi quotidien de la cyberguérilla et de la guérilla diplomatique. Mais, hélas pour Stephen Smith, le cynisme du pauvre ignore que les Rwandais en ont vu d’autres !  Après ce qu’on leur a fait en 1994 – l’extermination et l’abandon - que peut-on leur faire de plus grave aux Rwandais ?

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  Il est évident que les sources d’information de Stephen Smith ne sont ni les chancelleries  qui ont applaudi (toutes, à l’exception de l’ambassade de France) ni les intellectuels qui se sont tus, ni les ONG ni les défenseurs des droits de l’homme qui ont condamné le génocide ; ni même Guichaoua qui n’a d’autre mérite, aux yeux de Stephen Smith, que d’avoir confirmé ses préjugés, en prétendant avoir trouvé au Rwanda « le règne de la terreur ». Il y a eu, il est vrai, à Kigali, tel ou tel diplomate pour étouffer diplomatiquement la colère et le dépit après la défaite de Faustin Twagiramungu  et la victoire de Paul Kagame. Il n’est pas impossible qu’il ait trouvé chez Stephen Smith  l’écho et l’exutoire de sa colère et de son dépit. Nous aurions affaire, dans ce cas, à un pseudo-journaliste, à mille lieues de son sujet, qui ne serait que l’écho de ses maîtres. Son compère, Jean-Philippe Rémy, plus proche du terrain, ne serait, en ce cas, que la caution du « chargé de mission ». Si cela était vrai, Beuve-Méry, le fondateur ambitieux du MONDE, indépendant même de de Gaulle, se retournerait dans sa tombe, lui dont le point de vue de Sirius  signifiait la distance d’un regard indépendant.      

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      « L’anathème » du Rwanda contre ceux qui le détestent et que le « modèle rwandais », l’existence même du Rwanda et ses succès empêchent de dormir, ne frappe pas « mécaniquement celui qui critique le FPR ». Les Rwandais savent distinguer la critique utile et la critique fielleuse. Le rapport de l’organisation « International Crisis Group (ICG) » de Novembre 2002 a été réfuté de façon argumentée, sur des forums certes moins connus et moins prestigieux que le journal LE MONDE. Stephen Smith n’a retenu de cette réfutation argumentée – si d’aventure il a daigné la lire – que l’hypothèse avancée ailleurs qu’au Rwanda, selon laquelle les auteurs du rapport pourraient courir pour la France et ses ressentiments. Après tout, les chercheurs d’ICG ne seraient pas les seuls exemples du patriotisme perverti de certains journalistes qui, dans certaines circonstances, préfèrent le service de leur pays au service de la vérité.

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     Paul Kagame aurait affirmé un jour que « dans les sociétés africaines, le multipartisme et la démocratie ne mènent qu’à diviser des gens divisés ». Quel lecteur aura le temps ou la volonté de vérifier l’exactitude et le contexte de la citation tronquée qui a pour but de mettre Paul Kagame en contradiction avec lui-même ?! Stephen Smith connaît sans doute la parole de son compatriote, Fouché, ministre de la Police de Napoléon, qui aurait dit : « Donnez-moi trois lignes de n’importe qui et je le ferai pendre ». Quoi qu’il en soit le multipartisme et la démocratie, comme toutes les choses humaines, telle la langue d’Esope, peuvent mener au bonheur comme au malheur. Mais si Stephen Smith daignait lire la nouvelle Constitution rwandaise, au lieu de se contenter de certitudes préétablies, orgueilleuses mais vides, il verrait qu’il y a désormais au Rwanda des institutions pour empêcher autant que possible au multipartisme et à la démocratie de diviser les Rwandais. La démocratie est un art de vivre ensemble ; elle trahirait sa nature en organisant la mésentente des citoyens.

     Stephen Smith  ne trouverait certainement pas dans la nouvelle Constitution rwandaise le moindre prétexte pour lancer au président Paul Kagame la flèche qui se veut fielleuse de l’ « ethnisme atavique, indéracinable ». Stephen Smith  verrait peut-être dans la Constitution rwandaise que si, au Rwanda, il est arrivé de « contraindre à l’union », la  contrainte est désormais portée par la loi. Une contrainte utile, en attendant qu’elle devienne une douce contrainte. Quelle société peut survivre sans un certain nombre de contraintes ?

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  En considérant les élections rwandaises comme « le sacre électoral de la peur », Stephen Smith a cette fois manqué sa cible à force de pousser trop loin le bouchon. Stephen Smith ne devrait pas trop se fier aux voyageurs comme Guichaoua ( « A beau mentir qui vient de loin »), ni accorder trop vite trop de crédit à ce qui est écrit. Faut-il rappeler à un journaliste blanchi sous le harnois les principes élémentaires de l’esprit critique ? On ose espérer qu’il ne convaincra que les gens qui ne voulaient que cela, car cette fois-ci la plaisanterie est trop grossière et le mensonge trop éclatant. Un mensonge tissé, il est vrai, de haine et de ressentiment contre le FPR, contre le Rwanda. Le déshonneur d’une telle haine et d’un tel mensonge à l’encontre du Rwanda risque, hélas, d’éclabousser l’un des journaux français qui, un jour, au sortir de la tourmente et de l’humiliation, s’est voulu libre et fier de sa quête de vérité.    

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« Le Rwanda (pardon, le FPR ; non, un seul homme : Paul Kagame) manipule le monde entier et lui fait dire et écrire ce qu’il veut ; Paul Kagame fait peur à quatre millions d’électeurs jusqu’au fond des isoloirs ». Une telle énormité circule et fait fureur au sein de cercles pensants  qui disposent de médias pour se faire entendre et répandre dans le monde leurs billevesées. A en croire cette clique ou cette camarilla, le FPR, avec sous ses bottes huit millions de Rwandais et à sa tête Paul Kagame, est incontestablement la première puisssance du monde, loin devant les Etats-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne, toutes les Russies, l’Empire du Milieu et autres marionnetes dociles à sa manipulation. A l’exception, bien entendu, de la France, le preux chevalier de la croisade pour la Démocratie ! Dixit une camarilla médiatique dont l’un des ténors est le journaliste de référence pour l’Afrique au sein du journal de référence pour le monde ! Hélas, ou heureusement,  le simulacre n’est que mensonge et fantasmagorie.

 

Servilien M. Sebasoni

Novembre 2003