Lettre ouverte au photographe Reza, à propos de l'exposition de photographies sur les grilles du Jardin du Luxembourg

 

http://survie67.free.fr/liens.htm

 

Cher Monsieur Reza,

 

Vos belles photographies sont ornées de commentaires qui feraient mal au million de morts Batutsi du Rwanda. Comment pouvez-vous ignorer à ce point cette réalité dans vos commentaires ? Comment pouvez-vous être aussi silencieux sur les véritables victimes de ce génocide... qui n'ont plus aucune parole pour se plaindre ?

 

Lorsque le TPIR a été institué par l'ONU il s'agissait de juger les génocidaires du Hutu Power, qui avaient formé le "GIR",  Gouvernement Intérimaire, qui exécuta un génocide  des Batutsi et des Bahutu "modérés", préparé depuis plusieurs années. Plus d'un million de victimes sont à déplorer dans la population rwandaise sur huit millions.

 

Dans l'avion qui a été percuté par deux missiles le 6 avril 1994 vers 20 heures, les Présidents du Rwanda et du Burundi ont été tués. Cela a été un prétexte pour déclencher le génocide des Batutsi là où il avait été préparé, au Rwanda, et aucun génocide au Burundi, alors que la structure de la population est la même dans les deux pays. Comment expliquez-vous cette histoire différente dans les deux pays face à la même mort de leurs Présidents de la même caste, alors que selon les tenants les plus négationnistes du génocide Rwandais, cet attentat est la seule cause du génocide ?

 

Cette différence entre les deux pays montre bien qu'un génocide d'une telle ampleur n'est pas né spontanément par une révolte liée à l'assassinat d'un Président.

 

Que vous dire encore, si ce n'est qu'il faudrait approfondir vos recherches avant de conclure que les réfugiés Hutus sont victimes du génocide. Un grand nombre d'hommes parmi ces réfugiés étaient des génocidaires, sans doute plus de la moitié d'entre eux. S'ils ont fui, c'est d'abord parce qu'ils n'avaient pas la conscience tranquille... Ils avaient peur d'être poursuivis, exécutés ou jugés  et condamnés. Ils ont malheureusement entraîné leurs familles dans leurs errances. Ils savaient que le FPR arrivait... mais même s'il y eut des représailles aveugles, qualifiables de crimes de guerre, elles n'ont certainement pas atteint le niveau d'un génocide. Aujourd'hui le Rwanda est peuplé de plus de huit millions d'habitants ! Ceux là n'ont pas été « génocidés » ! Pourtant le FPR est au pouvoir depuis dix ans. La plupart des morts Bahutu sont dûs aux conditions inhumaines qu'ils ont rencontrés dans la forêt zaïroise.

 

Mais voyez-vous Monsieur, si vous prenez la peine de parcourir notre site internet, sur lequel nous avons commenté vos commentaires, vous apprendrez que la France s'est gravement compromise avec les génocidaires Rwandais. Et les Sénateurs, comme les Députés, cherchent à noyer le poisson. C'est une deuxième mort pour ces victimes de la honte, qui seraient pour la plupart encore vivantes, (et les familles des génocidaires auraient évité la fuite au Zaïre), si la France avait eu une autre attitude de 1990 à 1994, y compris jusqu'à la fin de l'opération Turquoise. Ces réfugiés ont vécu la misère dans laquelle leurs pères et leurs frères les ont entraînés... quand ce n'était pas leurs mères elles-aussi, car on a vu aussi beaucoup de femmes Bahutu au Rwanda faire preuve d'une grande cruauté. On a torturé et tué ses voisins Batutsi, qui partageaient les mêmes conditions de vie..., si j'ose dire, car les Batutsi, depuis trente ans, étaient victimes de nombreuses discriminations, de massacres, d'emprisonnements, de refus d'accès aux études et à l'administration à l'intérieur et de refus d'accès à leur pays pour ceux de l'extérieur. Le génocide des Batutsi au Rwanda a commencé en 1959. Vous verrez sur notre site un article du journal Le Monde de 1964, 30 ans avant avril 1994, qui parlait déjà sur trois colonnes de « l’extermination des Tutsi » au « Ruanda ». Le mot génocide est employé dans l’article. Donc les affaires étrangères connaissaient le contexte.

 

Enfin vous saurez que les rares rescapés de ce génocide, l'ont été grâce au courage de certains Bahutu qui ont refusé de se laisser dominer par les pressions ambiantes énormes. Ceux-là sont de véritables héros du génocide. Ils n'ont pas trahi leurs frères Batutsi. De plus vous verrez que ces "ethnies" ne sont pas des ethnies : tous les Rwandais parlent la même langue, ce qui est remarquable en Afrique, ont les mêmes coutumes, et les mêmes religions, et de nombreux mariages viennent perturber cette classification hasardeuse issues des errances intellectuelles occidentales du vingtième siècle qui avaient déjà engendré le génocide des Juifs. Hutus, Tutsi et Twa sont plutôt des castes sociales, dramatiquement figées dans leurs fonctionnements par la dictature du colonisateur belge dès les années 20, entre autre par une carte d'identité utilisée comme l'étoile jaune pendant la dernière guerre !

 

J'ai exercé pendant sept ans le métier de photographe au milieu de la "France d'en bas", cher Monsieur, je connais la rapidité avec laquelle on passe d'un sujet à l'autre quand on prend des photos ! L'une des vérités qui me hantait le plus quand je prenais des photos, c'était une simple phrase du "Petit Prince" de Saint-Exupéry  : "L'essentiel est invisible pour les yeux..." Les textes sont là pour donner un sens aux photos. Qu'ils n'égarent pas l'émotion.

 

Ceci dit, vos photos sont très belles. C’est dommage de gâcher ainsi votre travail en renforçant l'approche esthétisante par des commentaires qui passent de la pommade dans le dos des biens-pensants qui se penchent sur la "misère du monde"... dont nous sommes pourtant objectivement responsables, particulièrement au Rwanda, à travers les autorités que nous avons élues en France.

 

              Emmanuel Cattier