African
Rights
Working for Justice

QUI ASSUMERA LA RESPONSABILITE
DU SREBRENICA RWANDAIS ?
Le 19 avril 2002
On
peut reprocher à la démission en bloc du gouvernement néerlandais en réponse
au rapport sur le massacre de Srebrenica d’être un geste purement symbolique,
mais elle est tout de même une contribution notable en faveur de la justice
pour les victimes de génocide, de crimes contre l’humanité et d’épuration
ethnique. Des rapports tout aussi accablants concernant les actions des Nations
Unies et du gouvernement belge au cours du génocide de 1994 au Rwanda n’ont,
quant à eux, pas reçu de réaction adéquate.
Il existe des rapprochements troublants entre les
atrocités commises à Srebrenica en juillet 1995 et le massacre de plus de
2.500 femmes, enfants et hommes sans défense à l’ETO et à Nyanza, au Rwanda,
le 11 avril 1994. Dans les deux cas, les soldats onusiens du maintien de la
paix ont failli aux civils qui comptaient sur leur protection. Les récits
des survivants de Srebrenica ont ému et choqué des gens aux quatre coins du
monde. Mais l’horreur totale des événements survenus à l’ETO, une école de
Kigali, et sur la colline voisine
de Nyanza, n’a guère été médiatisée. Il y a à peine plus d’un an, African Rights publiait un rapport de 112 pages, Livrés à la mort à l’ETO et à Nyanza :
Les histoires de civils rwandais abandonnés par des troupes de l’ONU le 11
avril 1994 pour donner la voix aux survivants de ces massacres. Leurs
témoignages angoissés, décrivant comment les troupes belges de la Mission
des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda (MINUAR) les laissèrent mourir
aux mains des troupes gouvernementales et d’une meute de miliciens assoiffés
de sang, sont à peine supportables.
Des personnes déplacées avaient déferlé en masse à l’ETO, croyant que la MINUAR
les protégerait des génocidaires. Au lieu de cela, elles furent abandonnées.
La plupart des réfugiés étaient des Tutsis—les cibles du génocide—mais il
se trouvait aussi parmi eux des politiciens d’opposition hutus et leur famille.
Aucun d’eux n’avait conscience du fait que l’évacuation des ressortissants
étrangers était au coeur des préoccupations internationales durant les premiers
jours critiques des tueries. Ils ne comprirent la triste réalité que le 11
avril lorsque les troupes belges les désertèrent sans crier gare ni prendre
la moindre mesure pour garantir leur sécurité. Dans Livrés à la mort à l’Eto et à Nyanza les
survivants donnent une description graphique du massacre par la milice interahamwe
qui commença alors même que les véhicules onusiens quittaient l’enceinte de
l’école. Ils décrivent ensuite un second bain de sang à Nyanza, où les survivants
de l’ETO furent contraints de se rendre et où, au bout d’une marche forcée,
la plupart d’entre eux furent assassinés un peu plus tard le même jour.
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a condamné l’un des
chefs du massacre¾Georges Rutaganda, le deuxième vice-président de
la milice interahamwe. Mais il convient d’en poursuivre d’autres si l’on veut
que justice soit faite. Notamment, il serait bon d’ouvrir une enquête sur
le rôle du Colonel Léonidas Rusatira,
ancien commandant de l’école militaire supérieur (ESM). Aujourd’hui, Rusatira
vit en Belgique où il est connu des autorités. De fait, il figurait parmi
les Rwandais ayant témoigné devant la Commission
d’enquête parlementaire belge concernant les événements du Rwanda, qui
a rendu son rapport en décembre 1997.
Les survivants accusent Rusatira de s’être rendu
à l’école à deux reprises, la deuxième fois peu avant le déclenchement du
massacre de l’ETO. Le TPIR a déjà accepté le témoignage selon lequel Rusatira évacua les réfugiés hutus de l’ETO juste
avant le massacre et donna l’ordre de conduire les réfugiés tutsis à Nyanza.
African Rights a entendu un certain nombre
d’allégations concernant Rusatira, certaines émanant de résidents locaux hutus,
selon lesquelles il organisait des réunions pour les interahamwe et assurait
la distribution de fusils.
Tout comme à Srebrenica, les erreurs et les préjugés
qui ont entraîné la mort de civils sans défense ne sont pas la seule responsabilité
d’un gouvernement particulier ou d’un individu précis. Certaines décisions
prises par le Conseil de Sécurité et les Nations Unies ont contribué à ces
deux tragédies. Mais la démission du gouvernement néerlandais a souligné,
avec une candeur rafraîchissante, qu’il serait trop facile de passer l’éponge
et de tourner le dos à ses responsabilités en cas d’échec grave pour la simple
raison qu’il aurait eu lieu loin de ses frontières. Toutes les personnes impliquées
dans les décisions cruciales de retirer la quasi-totalité des troupes de la
MINUAR et de limiter le mandat des quelques soldats restants devraient aller
bien au-delà des admissions et des excuses formulées jusqu’ici. Celles-ci
ne suffisent pas face à la douleur et aux souffrances quotidiennes des survivants
de l’ETO et de Nyanza certes, mais aussi celles de tous les survivants du
génocide du Rwanda. African Rights prie
instamment les personnes responsables de mettre tout en oeuvre pour convaincre
les survivants qu’elles ont tiré des enseignements, aussi bien à un niveau
personnel qu’à un niveau institutionnel, de cette tragédie. Dans le cas du
gouvernement belge, la prise de mesures urgentes en vue de traduire le Col.
Léonidas Rusatira en justice serait un premier pas important dans la bonne
direction.
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