Réponse au Compte-rendu Colloque Sénat sur Site Inshuti.

 

Sans vouloir polémiquer, ni perdre mon temps, je me dois de répondre au compte-rendu anonyme du Colloque au Sénat « Demain, le Rwanda », en date du 4 avril 2002.

Avant d’aborder le fond, quelques petits rectificatifs :

·                    il est faux de dire que Monsieur Bihozagara, ambassadeur du Rwanda à Paris, s’est « désisté à la dernière minute ». A ma connaissance, il n’avait jamais été question qu’il vienne personnellement. Ayant obtenu deux invitations, il en avait réservé une à Monsieur Sebasoni et une autre à madame Immaculée Ingabire, journaliste. Cette dernière n’a pu entrer, l’organisation n’ayant finalement accordé qu’une seule invitation. Mais je ne suis pas le porte-parole de l’ambassade.

·                    Comment dire que « Monsieur Sebasoni était accompagné d’une équipe de Français mariés à des Rwandaises » ? Toute la première partie, j’étais en compagnie d’un Français qui, à ma connaissance, n’est pas marié à une Rwandaise, celui-là même qui a claqué la porte après l’intervention de Monsieur Nyetera. Contrairement aussi à ce qui a été dit, ce monsieur ne fait pas partie du Collectif des Parties Civiles que je préside. Je le voyais pour la troisième fois. J’étais donc le seul représentant du Collectif et le seul Français marié à une Rwandaise. C’est me faire beaucoup d’honneur de dire que « je suis une bande à moi tout seul » comme le chante Renaud.

·                    Le responsable de ce rapport, qui à ma connaissance a eu le grand courage de rester anonyme, s’est cru intelligent d’ironiser (c’est l’arme des faibles), en me qualifiant de « grand parrain d’Ibuka », devenu FPR par osmose », ajoutant plus loin, en mettant ces propos sur le compte des participants qui chuchotent, que « ce pauvre monsieur a eu des confidences sur l’oreiller, qu’il connaît le Rwanda d’une seule version, celle de sa femme. »

1.      je n’ai jamais été membre du FPR et n’en ai jamais épousé toutes les orientations. Je garde toute ma liberté de jugement et de critique.

2.      je connais les « parrains de la pègre marseillaise », les « parrains d’Ibuka », qu’est-ce à dire ? Si c’est être de ceux qui luttent pour la Mémoire, alors, oui, je participe activement à Ibuka, aux côtés de mon épouse.

3.      quant « aux confidences sur l’oreiller », je ne puis m’empêcher de penser à Kangura qui utilisait les mêmes arguments ; c’est d’une bassesse sans nom. Mais je n’ai pas l’habitude d’étaler ma vie privée. M’attaquer sur ce terrain est le propre des lâches. Je laisse juges ceux qui auront l’intelligence de comprendre.

 

Venons-en maintenant au fond du rapport.

            L’auteur semble bien n’avoir entendu que ce qu’il a voulu. Si j’étais l’un des deux premiers intervenants, je ne serais pas content du sort qu’on a réservé à mes propos. Les propos de Monsieur De Brouwer sont eux aussi réduits à la portion congrue, ceux de Monsieur Weil, avocat au TPIR, passés sous silence. On ne s’improvise pas « rapporteur », ça demande un minimum de compétences et d’honnêteté. Reportez-vous à mon propre compte-rendu ; sans être exhaustif, il est beaucoup plus complet. Excusez aussi mon manque d’humilité, mais le ton de cette mise au point ne permet pas les nuances.

            Je voudrais revenir plus longuement sur l’intervention de Monsieur Nyetera. Je ne connaissais pas du tout le passé de ce monsieur. Dommage, car ma réponse eût été encore plus cinglante. Monsieur Nyetera, qui s’est revendiqué Tutsi (« Je suis Tutsi parce que je suis grand », formule qui frise le ridicule !), n’a pas révélé le plus important. J’ai appris par la suite qu’il aurait intenté un procès, sous l’ère Habyarimana, pour se faire reconnaître Hutu et que, de guerre lasse, on lui aurait accordé ce « passeport ». Tout le monde, à Kigali , semble connaître cette histoire et monsieur Nyetera se garde bien, avec ses amis Hutu et Européens, d’en dire le moindre mot. Allons, monsieur Nyetera, un peu de noblesse ; à vouloir manger à tous les râteliers, on finit par y perdre son âme ! C’est tellement ignoble que je peux redire que je trouve ce monsieur « très petit », pour reprendre l’expression que j’ai utilisée et pour laquelle je n’ai pas le souvenir de m’être excusé. Ou alors, une fois de plus, j’ai été mal compris. Ce qui ne serait pas étonnant car le Français n’étant pas la langue maternelle de la plupart (vous l’aurez remarqué dans le rapport incriminé, certaines expressions étant difficilement compréhensibles !) les subtilités de cette langue peuvent échapper à un grand nombre . Mais je n’aurai pas l’indélicatesse de le reprocher à quiconque !  Enfin, si mon voisin a jugé bon de claquer la porte, ce qui peut se comprendre, je redis que nous ne sommes pas venus ensemble, et que j’ai tout lieu de me féliciter d’être resté : absent de ce « faux débat », qui aurait pu témoigner et contrecarrer les mensonges qui ont été colportés ? Je redis que les propos de Monsieur Nyetera sont choquants, mensongers, et indignes d’être tenus dans une Assemblée comme le Sénat français, en l’absence (à ma connaissance, je le redis) de tout représentant de cette Institution de la République.

            Je ne m’étendrai pas sur les commentaires entendus dans la salle : les intervenants jouaient sur du velours, la salle était toute gagnée à leur cause. Les paroles injurieuses ne souillent que ceux qui les profèrent et ce n’est pas parce que Madame Biloa, qui semble bien connue elle aussi, annonce haut et fort qu’il n’y a pas eu de génocide, ce n’est pas pour autant qu’elle dit la vérité. A vouloir nier l’évidence, on fait beaucoup de mal à la cause qu’on défend. Et que le mot lui plaise ou non, nous étions en plein « négationnisme » ; ses propos, en d’autres lieux, pourraient bien faire l’objet de poursuites.

            En réponse à l’intervention de Monsieur Sebasoni, quelqu’un dans la salle « démontre que les Rwandais fuient leur pays à cause d’un mauvais régime. » Là aussi, il serait temps de dire la vérité. Que le régime de Kigali ne soit pas exempt de toute critique, je le concède. Reconstruire un pays ruiné par le génocide n’est pas chose facile ; que certains ne pensent qu’à leur intérêt personnel, c’est probable, au Rwanda comme ailleurs, et c’est condamnable. Mais de grâce, que tous ces Rwandais qui quittent le Rwanda cessent de prétendre qu’ils le font pour des raisons politiques. Ils portent un véritable préjudice aux vrais réfugiés. Nous savons tous que parmi ces prétendus réfugiés il est des présumés génocidaires, ou des déçus du régime qui n’ont pas obtenu la place qu’ils souhaitaient, sans parler de tous ceux qui ont fui avec l’argent destiné à des causes plus nobles. Le mensonge suffit. Il faut avancer découvert et cesser de vous faire passer pour des victimes que vous n’êtes pas.

            Quant au film de Hubert Sauder, « Loin du Rwanda », il mérite quelques commentaires. L’auteur du rapport, probablement par manque d’honnêteté intellectuelle, a omis de dire que le cinéaste avait tenu à préciser , en préambule, qu’il ne souhaitait pas que son film soit récupéré. Il était naïf, je crois, en acceptant cette invitation, à moins qu’on lui ait caché les objectifs de cette réunion ! Je l’avais mis en garde avant la projection et il n’a pas semblé comprendre.. Je voudrais seulement dire ceci, en dehors de toute polémique : la mort d’un enfant, d’une femme, d’un vieillard, d’un innocent, est toujours scandaleuse et révoltante ; celle des victimes  de Kisangani, autant que celle des victimes du génocide, même si le crime de génocide est le plus horrible. Les participants du Colloque étaient émus, c’est compréhensible, je l’étais aussi. Mais l’ont-ils été par le spectacle des innocents machettés, torturés, exécutés en 1994 ? Je le redis, pourquoi n’avoir pas abordé la seule vraie question : Pourquoi ces exilés se retrouvaient-ils si loin de chez eux ? Pourquoi personne pour évoquer les Interahamwe qui ont obligé les populations à fuir le Rwanda, ces mêmes miliciens qui ont fait régner la terreur dans les camps qu’ils dirigeaient, qui ont détourné l’aide alimentaire, exécuté ceux qui tentaient de rentrer au pays… Il ne faut pas faire dire n’importe quoi à l’Histoire !

            Le rapport semble laisser entendre que Monsieur De Beule serait intervenu avant Monsieur Onana ! Ce n’est pas possible parce que Monsieur Sebasoni et moi-même sommes partis après la harangue de M. Onana (harangue dont je ne parlerai plus, j’en ai dit tout le mal que je pensais dans mon compte-rendu), après avoir reçu un exemplaire de la « Lettre ouverte à Monsieur Bihozagara ».

 

            Voilà les précisions que je tenais à apporter à la suite de la diffusion du rapport incriminé. Je pensais que mon propre compte-rendu suffisait mais je ne pouvais laisser passer des « oublis » ou des mensonges : vu les circonstances, on ne peut laisser diffuser sans réagir un rapport partiel et partial. N’en déplaise aux organisateurs et aux participants, je redis que j’ai assisté à un meeting qui reprenait les thèses du Hutu Power, que le négationnisme est un mal rampant que l’on ne peut que dénoncer, et avec d’autant plus de force que le Sénat français a servi de caisse de résonnance. Je n’interviendrai plus sur cette nouvelle « journée des dupes », j’ai beaucoup d’autres combats à mener. Soyons vigilants, ne laissons pas la vedette aux adversaires de la vérité et de la démocratie.

 

 

 

                                                                        Alain Gauthier, président du CPCR