Demain le Rwanda
Paris
04.04.02
Ce colloque combien important a été organisé
à Paris le 04 avril dans l'enceinte du Sénat français, symbole de la liberté,
la fraternité et l'égalité.
Autant de qualités qui manquent aux Rwandais
et plus particulièrement au gouvernement de Kigali, dont le leader Paul Kagame
s'engouffre dans un spirale sans issue qui risque d'emporter les rescapés
rwandais hutu et tutsi. Il était temps d'agir, ce colloque est à point nommé.
Les débats ont été très chauds. La présence
du représentant de l'Ambassade du Rwanda, Mr Sebasoni, a été remarquée. Il
est belgo-rwandais. Il a accepté de prendre la place réservée à Son excellence
Jacques Bihozagara, qui s'est désisté à la dernière minute. Mr Sebasoni était
accompagné d'une équipe de français mariés aux Rwandaises, dont Mr Alain Gauthier,
Président du Collectif Partie Civile pour le Rwanda, un des grands parrains
d'Ibuka. Il est devenu FPR par osmose, sa femme a été très active.
Il y avait également des réfugiés Rwandais
hutu et tutsi vivant en France, Belgique, Grande Bretagne; des politiciens
Français et Belges et d'autres personnalités concernées par le cas Rwandais.
On pourrait citer M. Honoré Ngbanda, ancien Conseiller Spécial du feu-Maréchal
Mobutu et les journalistes de TV5, d'autres journalistes comme Martin Mateso,
Charles Onana, Marie Roger Biloa, Patrick Charrier, Hubert Sauper, etc.
Le Président de l'Association Convergence,
M. Joseph Mennella, ouvre la séance. Il souhaite la bienvenue aux participants.
Monsieur Jean Claude Mairal, Président de l'Association Pedalier Solidarité
Afrique et Vice Président-délegué du Centre d'Appui et de Ressources à la
Coopération Internationale, eut l'honneur et le privilège de présider les
séances.
Cette personnalité est une bibliothèque,
il fait des révélations sur certaines confidences, il montre le rôle primordial
jouait par les américains dans le conflit rwandais, tous les appuis financiers
et militaires, jusqu'à la corruption et intimidation des généraux zaïrois
afin qu'ils combattent pour le FPR.
Il explique que le conflit est attisé par
les richesses du Congo qui profitent aux Sociétés américaines et occidentales.
Pour lui la présence du Rwanda au Congo est
insupportable. Le Rwanda a intérêt que le conflit perdure car ce régime chancelant
pense à tort que cette guerre fera oublier la pression politique interne et
externe, retardera la démocratisation qui sans nulle doute mettra fin à l'incurie
et l'irresponsabilité du régime minoritaire et fasciste du FPR..
Il précise également que le conflit des Grands
lacs est aussi un règlement de compte entre d'une part les Belges et les Américains
contre les Français, le Rwanda de Habyarimana et le Zaïre de Mobutu.
Il précise que le Rwanda devrait suivre l'exemple
du Congo qui veut régler d'abord ses problèmes internes tel qu'en témoigne
la Conférence de Sun City. Kagame devrait le savoir avant qu'il y soit contraint
par la force. Ce sera très tard pour lui.
Il parle de l'entretien qu'il a eu avec le
Président Habyarimana à la veille de son assassinat. Il parle d'un homme qui
sentait sa mort venir sans savoir comment l'éviter, «je suis inquiet, je
croyais que les occidentaux nous aiment, j'ai peur pour mon peuple, je sais
qu'ils veulent me tuer, mais après...»
Claver Kanyarushoki démontre que cette Communauté
internationale est officiellement l'ONU. Mais la réalité est que c'est le
Conseil de Sécurité mené par le bout du nez par les USA. Les autres membres
ont perdu de facto leur veto devant la superpuissance américaine. Il s'entend
bien que pour le cas du Rwanda cette communauté internationale a bien joué
son rôle conforme à son objectif: donner le pouvoir à une minorité pour qu'elle
accomplisse une mission précise. Peu importe les dégâts collatéraux humains,
ils sont comptabilisés dans la colonne des pertes et profits.
Il parle de plusieurs rapports qui accusent
le régime de Kagame de génocide et de crimes contre l'humanité. Le Gouvernement
de Clinton a tout simplement interdit la publication de ces rapports! Peut-être
que le moment viendra a-t-il conclu.
Une intervention qui a pris la vedette aux
précédentes, «Demain le Rwanda, l'espoir», exposée brillamment par Antoine
Nyetera. Je suis un tutsi est non des moindres, j'appartiens à la famille
royale, je me sens au dessus de la mêlée, a-t-il introduit son exposé.
Antoine Nyetera poursuit son discours par
une définition juridique du génocide. Il explique en détail l'existence des
brigades du FPR à travers tout le pays, comment les jeunes tutsi étaient armés
par le FPR après un entraînement suivi dans les zones du FPR. Il pose une
question pertinente. Comment les hutu qui savaient tout cela, comment un voisin
hutu ne devrait-il par réagir en se débarrassant de son voisin avant que celui-ci
ne le fasse? Les massacres étaient spontanés. Il est affirmatif, le génocide
n'a jamais existé au Rwanda, il y a eu des massacres politiques et pas de
génocide, il est catégorique.
Un français du Collectif Partie civile pour
le Rwanda se lève. Il est très nerveux. «Monsieur je te connais, je travaillais
au Centre Culturel français, je suis désolé et je suis frustré que tu puisses
dire des choses pareilles, je regrette que le Sénat français puise accueillir
des gens comme vous», il craque la porte et sort.
Ensuite intervient le Président de ce Collectif
qui s'indigne, qui ne comprend pas qu'un tutsi puisse nier le génocide, qu'il
ne comprend pas, qu'il est boulversé, c'est du négationnisme. Nyetera calme
la situation, il s'étonne plutôt et ne comprend pas que les étrangers soient
troublés par son discours, lui qui a perdu ses enfants, lui qui est né et
vécu au Rwanda, et pose la question de savoir si ces gens sont vraiment sincères.
Le Président du Collectif Partie civile pour le Rwanda précise que lui aussi,
sa femme a perdu beaucoup des membres de sa famille, mais il semble découvrir
une autre vérité qu'il a mal à assimiler et qualifie Nyetera de petit. Poliment
Antoine Nyetera avec un calme olympien lui exprime son remerciement La salle
réagit, le médiateur calme la situation et Alain Gauthier présente ses excuses
en expliquant qu'il a été mal compris.
Les gens chuchotent que ce pauvre monsieur
a eu des confidences sur l'oreiller, qu'il connaît le Rwanda d'une seule version,
celle de sa femme.
Marie Roger Biloa ne comprend pas l'indignation
du Français, elle affirme qu'elle a été l'un des premiers journalistes a affirmer
qu'au Rwanda il n'y pas eu de génocide, que les autres commencent en s'en
rendre compte. Il a mis en garde ceux qui utilisent des termes empruntés tel
que négationnisme et révisionnisme pour faire peur en profitant d'un contexte
du peuple juif qui n'a aucun rapport avec la situation des Grands Lacs.
Que les gens doivent avoir le courage de
dire la vérité et dénoncer ceux qui veulent les emprisonner dans une vision
qui les arrangent!
L'ancien Représentant adjoint de l'ONU au
Rwanda (adjoint de Roger Boboh), affirme qu'il est l'un des témoins privilégiés
de ce qui s'est passé au Rwanda.
Il affirme sans hésitation que dire qu'il
y a eu génocide au Rwanda ça relève de la politique surréaliste que de la
vérité. Il sait et il l'a vu. Il y a eu des massacres spontanés qu'il faut
bien sûr condamner et qui ont été déclenchés et activés par l'attentat contre
l'avion du Président Habyarimana. Il le répète, il n'y a pas eu de génocide
et la vérité ne tardera pas d'éclater au grand jour.
Le Représentant de l'Ambassade M Sebasoni
intervient, il essaie de cacher sa nervosité. Il n'a pas d'argument a opposer
à Nyetera, il l'accuse tout simplement de travailler pour ses parrains, que
le FPR a crée une quatrième ethnie, celle des Rwandais, où tout le monde devrait
se retrouver, que le pays est en marche vers la paix et la réconciliation...
Un intervenant réplique au Représentant du
Rwanda que trop c'est trop, qu'on en a assez de ces discours vides de sens
qui sont loin de la réalité. Il démontre que les Rwandais fuient leur pays
à cause d'un mauvais régime.
Il y a eu d'autres interventions tout aussi
bonnes les uns que les autres. Celle qui mérite d'être soulignée, la projection
du film de Hubert Sauper, cinéaste autrichien: «Loin du Rwanda».
C'est un documentaire qui montre la tragédie,
la souffrance des hutus, comment ils ont été abandonnés par la Communauté
internationale, leur extermination par les militaires du FPR. C'est un film
insoutenable, difficile à voir, surtout pour les réfugiés rwandais dont certains
ont perdu les leurs dans cette forêt tropicale. Il n'y a pas de mots pour
le dire, il faut le voir. A fin de la projection il y a eu un silence de mort,
tous les participants étaient émus, chacun interrogeait sa propre conscience
pour comprendre comment l'homme peut être aussi méchant à l'égard de son prochain,
à l'égard des enfants, des femmes, des vieillards. A quoi sert le HCR, l'ONU,
la Communauté internationale qui ont laissé le FPR assassiner des innocents
dans un mutisme total?
Après quelques minutes, juste le temps de
reprendre les esprits, les participants ont posé des questions de précisions
et de compréhension du film. L'auteur du film a répondu tout en évitant d'accuser
nommément le FPR.
M Sebasoni avec une arrogance qui lui est
particulière a pris la parole. Il s'adresse à l'auteur du film pour s'indigner
que la majorité du public n'est pas satisfait parce que le FPR n'a pas été
désigné comme auteur des massacres des réfugiés hutu. Les réactions du public
étaient vives. Sebasoni a été qualifié de cynique, de raciste, d'inconscient
aux propos répugnants, d'irresponsable et d'incapable. Choqué et troublé,
Sebasoni s'est excusé en disant que ses propos ont été mal compris, qu'il
n'est pas raciste, qu'il a beaucoup d'amis hutu, qu'il a beaucoup échangé
avec Grégoire Kayibanda lors de ses séjours en Belgique, qui était d'ailleurs
une vielle connaissance. Il en arrive à expliquer que Kayibanda a été tué
par le régime de Habyarimana et raconta toute l'histoire de la Première et
Deuxième République avec une incohérence et une déformation ridicule et pitoyable.
Quant le Représentant du Rwanda sentit qu'il
n'avait pas suffisamment d'argumentaire pour endosser la responsabilité d'un
régime dont il ne maîtrise pas grand chose, il a précisé qu'il n'est pas de
l'Ambassade mais qu'il est seulement l'ami de Bihozagara.
M Alain De Brouyer, ancien Conseiller de
l'IDC, a exposé sur les échecs de l'IDC au Rwanda tout en soulignant la duplicité,
le mensonge du FPR qui avait élaboré minutieusement sa stratégie du mal. Il
précise que la communauté internationale a commis une grave erreur en permettant
qu'une milice composée de voyous accède au pouvoir. Il précise au Représentant
du Rwanda que les personnes qui ont tué Kayibanda, à savoir Kanyarengwe et
Lizinde, étaient les héros dont le FPR avait besoin. Ceci explique ce qu'est
vraiment le FPR.
M Christian De Beule, président de SOS Rwanda-Burundi
était présent. Il a fait plusieurs interventions qui remettaient chaque fois
le FPR à sa juste place. Il convient de souligner une lettre que SOS Rwanda-Burundi
vient d'écrire à Bihozagara. C'est une lettre datée du 02 avril 2002 dont
l'objet est: Kibeho 22 avril 1995. L'association lui soumet la traduction
d'un extrait d'un article de Linda Polmann, journaliste hollandaise qui a
écrit «Les enfants en temps de guerre».
La lettre se termine par: «Monsieur Bihozagara,
des rapports terrifiants mentionnent la mort de 4 à 8000 personnes à Kibeho
lors de cette action commandée par le gouvernement rwandais et signalent que
pendant plusieurs jours les observateurs étrangers et les organisations humanitaires
ont été tenues à l'écart du camp. A ce moment vous étiez Secrétaire d'Etat
chargé de la Réhabilitation Nationale et responsable du retour des réfugiés.
Qu'avez-vous fait pour vos compatriotes de Kibeho? Remarquez, Monsieur Bihozagara,
que nous ne pouvons pas, à votre encontre utiliser le terme Excellence. Ce
titre honorifique n'est que le barbelé qui vous soustrait à la justice internationale».
Bihozagara aurait eu l'intuition que cette
lettre pourra être évoquée dans ce colloque et il s'est absenté. Mais où va-t-il
se cacher dans l'avenir?
La dernière intervention et non des moindres
est revenue à Charles Onana.
Eloquent et bien documenté sur Kagame et
le régime du FPR, il a commencé par ces propos: «Je ne suis pas hutu, je
n'ai pas tué les tutsi, les miens n'ont pas été tués par les tutsi. Je ne
suis pas tutsi, je n'ai pas tué les hutu, les miens n'ont pas été tués par
les hutu. Je parle en tant qu'africain et journaliste. Il est inconcevable
qu'actuellement au 21è siècle il y ait encore des gens qui prétendent au rang
d'homme moderne civilisé et qui continuent de tuer leurs frères. Comment voulez-vous
que l'Occident puisse nous considérer autrement que des sauvages! Vous faites
honte à l'Afrique, vous faîtes honte aux noirs!» C'est dans ces termes
qu'il a introduit son discours.
Il a posé des questions pertinentes à Sebasoni:
«Qui vous a dit que vous les tutsi vous êtes intelligents, que vous êtes
supérieurs aux hutu». Il s'est adressé aux hutu. «Vous devez accepter
d'avoir tué les tutsi à cause de leur arrogance, de l'humiliation et frustration
de plusieurs siècles». A tout le monde, il a dit que quoique vous fassiez
vous êtes condamnés à vivre ensemble en paix, qu'il faut cesser, trop c'est
trop.
Il s'est ensuite adressé au Représentant
du Rwanda en réaction aux propos qu'il a tenu après le film sur les camps
de Tingi-tingi et autres. «Je m'adresse au représentant rwandais. Tu as
été très pugnace, il te faudra encore plus de pugnacité dans l'avenir. Bokassa
était fort et riche, il a été soutenu, il a tout donné, il a fini mal. Mobutu,
vous connaissez le sort tragique qui lui a été réservé. Savimbi, son histoire
est finie, on en parle plus. Et vous connaissez certainement les circonstances
dans lesquelles il a été abandonné. Dites à Kagame qu'il devra avoir plus
de modestie. Nous avons engagé le combat pour la vérité, rien ne pourra plus
nous arrêter, plus rien. Nous n'avons pas peur et je ne suis pas d'une nature
à avoir peur. Vous avez menti au monde entier, vous avez abusé des médias,
tout le monde sinon presque connaît maintenant votre vrai visage, vous êtes
démasqués. Nous avons engagé le combat, la machine est en marche, la vérité
doit éclater, elle va éclater bientôt.»
Il est 17h35, il reste 15 minutes pour clôturer
le colloque, le temps est vite passé, les participants veulent continuer les
débats, mais l'heure c'est l'heure, il faut respecter ceux qui nous ont prêté
la salle.
On rentre sur un goût d'inachevé, les participants
étaient dans les nuages, dans les rêves. C'est la première fois qu'un digne
représentant du FPR est sur la défensive et ose présenter des excuses.
Un participant rwandais m'a dit: «Ceci
me rappelle les années 92-93 lorsque les représentants du régime Habyarimana
avaient difficile a défendre la position du régime, et que l'ambassadeur Ngarukiyintwari
ne participait à aucun débat. A cette époque il se faisait représenter par
des étudiants, c'est bon signe».