France – Togo : mettre fin à 40 années d’errance

Ancienne colonie française, le Togo (capitale Lomé) est dirigé par le général Gnassingbé Eyadéma depuis 1967, un triste record de longévité pour cette dictature amie de la « France ».

Le meurtre « fondateur » du Premier Président élu démocratiquement

Le Togo accède à l’indépendance en 1960. Sylvanus Olympio est élu Président de cette jeune République. Ce résultat contrarie les autorités françaises[1] qui soutenaient un autre candidat, Nicolas Grunitzky. De plus, le nouveau gouvernement cherche à s'émanciper de la tutelle de l’ex-métropole... La réaction ne se fera pas attendre !

Le 13 janvier 1963, des militaires franco-togolais rentrés de la guerre d’Algérie font un putsch au cours duquel l’un d’entre eux, le sergent Eyadéma, assassine Sylvanus Olympio. Comme le démontreront plusieurs enquêtes[2], le coup d’Etat a été organisé sur place par l’ambassadeur de France et le responsable des services secrets français.

Quatre décennies de complicité avec la dictature

Après cet assassinat, Nicolas Grunitzky devient naturellement président, pour une courte période cependant. Eyadéma est, déjà, l’homme fort du régime. Avec l’aval de Paris, il décide de renverser Grunitzky et passe à l’acte le… 13 janvier 1967.

Ainsi le meurtrier putschiste est-il devenu président. Il règne depuis lors sur le Togo avec une armée surdimensionnée. Il bénéficie de l’appui de la France pour asseoir son pouvoir : soutien militaire, dévoiement de l’aide publique pour des projets servant les intérêts du clan au pouvoir, complicité dans le détournement de la rente des matières premières (le Togo est notamment producteur de phosphates), soutien diplomatique…

Les années 1990 ou la restauration autoritaire d’un régime aux abois

En 1991, le peuple togolais descendu dans la rue contraint Eyadéma à accepter la tenue d’une Conférence nationale démocratique. Mais la trêve sera brève : le chef de l’Etat, toujours entouré de conseillers français, reprend les rênes du pays dans un climat de terreur et de violences. Malgré la résistance massive de la population, Eyadéma prolonge sa présence au pouvoir. Il organise des élections présidentielles truquées en 1993 puis en 1998, où le ministère de l’Intérieur interrompt le dépouillement des bulletins et le proclame vainqueur.

En mai 1999, Amnesty International publie un rapport[3] accablant qui suscite la colère d’Eyadéma[4], notamment parce qu’il dénonce plus de cent exécutions extrajudiciaires commises par le régime. En juillet de la même année, Jacques Chirac de passage au Togo prend fait et cause pour le dictateur en déclarant, au sujet de l’enquête d’Amnesty International, qu’il s’agit "dans une certaine mesure, d'une opération de manipulation".

2003 verra-t-il la France cesser son soutien à la dictature ?

Le Togo est actuellement au fond du gouffre. L’initiative économique est étouffée par le climat politique et tout ce que le pays compte de forces vives tente de se forger un avenir meilleur à l’étranger. Les Togolais n’en peuvent plus d’attendre le départ de leur oppresseur dans un pays en ruine et soumis à l’arbitraire.

Face à la vague de protestation interne et externe qui avait suivi la pseudo-élection de 1998, M. Eyadéma avait promis de respecter la Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Mais le parlement togolais, dominé par ses partisans, vient d’amender la Constitution pour supprimer cet obstacle.

La population togolaise a compris que, sans le soutien français, elle aurait déjà pu contraindre le dictateur à prendre sa retraite. Depuis plusieurs années déjà, on peut lire des slogans hostiles à la France sur les murs de la capitale et les journalistes indépendants condamnent sa politique. Les autorités françaises vont-elles continuer, comme dans bien des cas en Afrique, à ridiculiser la « patrie des droits de l’Homme » ? L’intérêt de quelques clients privilégiés de la dictature va-t-il encore prédominer longtemps sur celui des populations ?

Il semblerait que l’exécutif français hésite actuellement sur la conduite à tenir par rapport au scrutin présidentiel de 2003. C’est le moment de lui faire savoir que nous exigeons que la politique menée en notre nom soit enfin conforme aux valeurs de la République.

 

Survie - Archives de Survie en Alsace

[1] En particulier Jacques Foccart, le chef tout puissant de la Cellule africaine de l’Elysée chargé par De Gaulle de garder les anciennes colonies sous influence française.

[2] Cf. François-Xavier Verschave, La Françafrique, Stock, 1998,  pp. 108-121.

[3] Amnesty International, Togo, Etat de terreur, 5 mai 1999, 45 pages.

[4] Assisté comme souvent de Maître Vergès, il attaque notamment Amnesty International devant les tribunaux togolais.