CONFERENCE DE PRESSE AU SIEGE DE
L’UIDH,
Ouagadougou- BURKINA FASO
DECLARATION
LIMINAIRE DE LA MISSION INTERNATIONALE AU TOGO
Mesdames
et Messieurs les Journalistes,
Cher(e)s ami(e)s
des droits humains,
Une délégation de sept personnes parties
de France et d’Allemagne vient d’effectuer au Togo une Mission
du 23 au 27 Avril 2005.
Nous tenons
à remercier nos amis togolais
pour leur accueil chaleureux
réservé à notre délégation. Leur disponibilité nous
a permis , aux cotés des équipes togolaises, de suivre
le déroulement du scrutin
dans une centaine de bureaux de vote .
Notre présence au Togo pendant
la consultation électorale du 24 avril dernier visait deux
principaux objectifs :
·
être sur le terrain, lors de cette journée
historique, aux côtés des acteurs de la société civile togolaise,
engagés dans un combat titanesque pour tourner la page de
près de 40 ans d’une féroce dictature,
·
voir et entendre le peuple pour être mieux
à même de témoigner de ses légitimes aspirations à l’issue
de la Mission.
Voici de manière
succincte le Bilan de notre Mission qui s’articule en quatre
points :
I-
Les Constats de la situation dans le pays et du déroulement
du scrutin,
II-
Nos questions et interrogations
III-
Nos impressions à l’issue du processus électoral
IV-
Nos propositions d’actions dans le contexte insurrectionnel
actuel
I-
Les Constats
·
Une forte mobilisation des populations togolaises
pour participer au scrutin,
·
L’impossibilité pour la grande majorité de
jeunes ayant récemment accédé au statut d’électeur de s’inscrire
sur les listes électorales ,
·
Une remarquable organisation de la société
civile togolaise pour suivre le déroulement du scrutin sur
toute l’étendue du territoire national et recueillir les
résultats des 5300 bureaux de vote (et ce malgré la loi
électorale qui exclut les nationaux de l’équipe des observateurs)
,
·
Les mécanismes de centralisation des données
électorales (grilles des incidents et des résultats par
bureau de vote) ont correctement fonctionné jusqu’aux environs
de 18h,
·
Une coupure brutale du réseau téléphonique
de TogoTelecel est survenue vers 18h suivie de la mise hors
service d’Internet dans tout le pays.
·
Parallèlement au blocage de toutes les communications
( le téléphone fixe étant
lui aussi bloqué quelques heures plus tard) les populations
togolaises vont observer un peu partout dans le pays et
de façon plus agressive dans la Commune de Lomé des interventions
intempestives de groupes de militaires surarmés qui tiraient
à balles réelles , dispersant les électeurs regroupés pour
suivre le dépouillement ; ils ont
emporté ou brûlé
les urnes selon les cas.
·
On a pu noter que des domiciles ont servi
de bureaux de vote.
·
Souvent ce sont les militaires qui récupéraient ces urnes dans des domiciles
privés.
·
Regroupés dans leur QG distinct de celui de
la coalition des partis d’opposition les acteurs de la société
civile font le décompte des résultats parvenus avant la
rupture de la communication. Il n’y a l’ombre d’aucun doute :
les résultats des centaines de bureau de vote enregistrés
donnent gagnant clairement et sans ambages le candidat de
la coalition de l’opposition . Son score enregistré avant
l’arrêt brutal des lignes téléphoniques oscille entre 75
à 80% (voire 90% dans la majorité des bureaux de vote de
Lomé) ;
·
Bien après la proclamation des résultats partiels
par la CENI donnant gagnant le candidat du RPT, les acteurs
de la société civile n’ont pas renoncé à la collecte des
résultats électoraux . Cette opération se poursuivait,
malgré les énormes difficultés liées au climat insurrectionnel
et au déploiement des militaires et le début d’une répression
barbare de celles et ceux qui contestent la victoire proclamée
de Faure Gnassingbé.
II-
Nos questions
Au vu du score
attribué au candidat du RPT (60,22% selon la CENI), on se
demande pourquoi les dignitaires du régime du clan Gnassingbé
ont eu recours à des méthodes de perdant : coupure
du téléphone, d’Internet, déploiement des forces de l’ordre,
rapt et saccages d’urnes, etc ? Toutes choses qui font
penser à un hold up électoral ….
Quels
sont les objectifs inavouables poursuivis par les personnalités
et les institutions dont les attitudes et déclarations poussent
le Togo vers le chaos ?
Qui a intérêt
à voir toute l’Afrique de l’Ouest à feu et à sang ?
III-
Nos impressions
La détermination
que nous avons pu constater sur place nous incite à penser
que les togolais se battront pour l’avènement d’un Etat
de droit véritable,
Comme toujours
quand il s’agit de la défense de son précarré africain la
France fait preuve d’une myopie politique en soutenant des
causes et des personnes peu recommandables.
IV-
Nos propositions d’actions
Nous avons pris
l’engagement auprès de nos amis togolais de relayer le plus
largement possible leur lutte légitime pour recouvrer leur
liberté confisquée par quatre décennies de dictature,
De commun accord
avec l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme (UIDH)
nous lançons l’Appel « Elections Togo :
Refuser la mascarade électorale » qui vise
à :
Rejeter la mascarade électorale qui prive le peuple
togolais de sa victoire ;
Exiger la reprise de l’élection présidentielle au
Togo dans des conditions transparentes et équitables pour
tous les candidats.
Je vous remercie.
Ardiouma SIRIMA
Membre du Bureau de SURVIE France
Membre du Conseil d’Administration de la Fédération Française
des Clubs UNESCO
Ouagadougou
le 28 avril 2005