Double défi pour Déby
Le
Pays (Ouagadougou)
ANALYSE
27 Septembre 2002
Publié sur le web le 27 Septembre 2002
Un pays qui
renvoie une image de continent des guerres dont l'Afrique ne peut se séparer.
Les rebelles se succèdent aux rebelles, mettant à feu et à sang une terre
pourtant promise à un bel avenir, grâce au pétrole dont il regorge. Un autre
rebelle vient de quitter le théâtre des affrontements, après avoir sauté sur
une mine. Youssouf Togoyemi ne brandira plus une arme contre les soldats
gouvernementaux. Mais sa mort annonce-t-elle la fin de la rébellion comme s'en réjouit
le pouvoir tchadien ? Pas si sûr.
Tous les
ingrédients d'une résistance armée demeurent en place. A commencer par le
président Idriss Déby, qui constitue l'une des clés à toute solution pacifique.
La mort du rebelle Togoyemi ne refermera pas, comme par enchantement, la
parenthèse de sang ouverte depuis des années. En tout cas, jusqu'à ce que le
régime tchadien arrête le verrouillage du processus démocratique. On a encore
en mémoire les arrestations d'opposants et les élections truquées de l'année dernière.
La seule victoire d'Idriss Déby, c'est d'avoir réussi à rendre enfin effective
l'exploitation du gisement pétrolier du pays. Mais cette victoire pourrait être
de courte durée. Le pétrole, on le sait, attisera davantage de convoitises qui
pourraient plonger le pays dans une autre crise : celle de l'or noir. Autant
l'extrême pauvreté est source de révoltes, autant l'enrichissement subit peut
être à l'origine de grandes fractures sociales.
Les pays
africains, qui ont précédé le Tchad dans la production de pétrole, se sont
plutôt montrés mauvais gestionnaires. La manne est dilapidée, au grand dam du
peuple et, surtout, des populations habitant dans les zones pétrolifères. Le
Tchad pourra-t-il échapper à cette triste règle dans les conditions actuelles
d'exercice du pouvoir ? C'est le défi qui attend l'ensemble de la classe
politique. Des garde-fous ont certes été pris par les principaux bailleurs de
fonds du projet, sous la pression d'organisations de la société civile, afin de
préserver les intérêts du peuple tchadien. Mais tout ce dispositif semble
superflu, devant la toute puissance du régime tchadien et la rapacité des
firmes internationales.
Il est évident que
les voisins du Tchad peuvent être une source d'instabilité. Avec la Libye, les
relations ont toujours été en dents de scie, tantôt bonnes, tantôt exécrables.
Le fait que le rebelle Togoyemi ait trouvé la mort dans un hôpital de Tripoli
prouve, à souhait, la bienveillance libyenne à l'égard de l'opposition armée à
Idriss Déby. C'est encore la Libye qui a sauvé Ange-Félix Patassé dont le
régime n'est pas en odeur de sainteté avec N'Djamena.
Tout cela
constitue un double défi pour Idriss Déby, qui doit se réconcilier avec sa
propre opposition et avec ses voisins. Dans le cas contraire, il faut craindre
que dans cette ambiance guerrière, l'argent du pétrole aille enrichir les
marchands d'armes. C'est tout le drame de l'Afrique. Comment instaurer un
climat de paix et de confiance grâce à un système de gouvernance démocratique ?
La crise qui déchire la Côte d'Ivoire montre, malheureusement, que nombre de
dirigeants qui se proclament démocrates, sont prêts à tout pour défendre leur
pouvoir.
Les dérives
actuelles sont la conséquence d'une démocratisation mal négociée, où le
détenteur du pouvoir veut s'arroger tous les droits, réduisant l'opposition à
sa portion congrue. Pire, la soif du pouvoir pousse à ouvrir des boîtes de
pandore d'où surgissent des démons incontrôlables comme l'ivoirité. Il y a
donc, en Côte d'Ivoire comme dans d'autres pays africains, un nécessaire
réglage des mécanismes politiques et institutionnels, afin que se mette en
branle un véritable processus démocratique. Si des pays comme le Mali, le Bénin
ou le Sénégal réussissent à s'en sortir, les autres aussi peuvent tirer leurs
marrons du feu. Il suffit d'un zeste d'honnêteté politique et de patriotisme.